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Croissance du crédit: L’économie vietnamienne à l’épreuve de la surchauffe

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2008
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Le Vietnam est devenu depuis quelques années une destination privilégiée pour les investissements internationaux.

L’accession du pays à l’Organisation mondiale du commerce en 2007 et l’essor des entrées de capitaux au titre des investissements directs étrangers et des investissements de portefeuille mettent en lumière les progrès spectaculaires des réformes économiques, en particulier dans le domaine de la libéralisation des échanges et des investissements.

Ces réformes ont débouché sur de solides résultats économiques: la croissance annuelle moyenne, de l’ordre de 7,5% sur la dernière décennie, est l’une des plus rapides d’Asie.

La population vivant en dessous du seuil de pauvreté est tombée de 58% en 1993 à environ 16% en 2006. L’accès grandissant aux marchés internationaux et l’ouverture progressive de l’économie intérieure entraîneront probablement d’autres effets bénéfiques à l’avenir.

Cependant, cette intégration de plus en plus poussée à l’économie mondiale met le Vietnam à l’épreuve. Le gouvernement doit poursuivre une politique macroéconomique bien conçue, montrer plus de souplesse face aux nouveaux risques et poursuivre son programme de réformes élargi.

Une vulnérabilité croissante

Si l’on a pu saluer à juste titre les performances récentes du Vietnam, la surchauffe de l’activité rend problématique la poursuite d’une croissance soutenue à moyen terme.

Le creusement des déséquilibres interne et externe est une préoccupation majeure. Le crédit a progressé de 63% en mars 2008, contribuant à la hausse de l’inflation, qui a atteint 21% en avril 2008.

Les prix de l’immobilier sont montés en flèche dans les grandes villes. La progression soutenue des exportations s’est confirmée, mais les fortes pressions de la demande ont nourri un vif essor des importations qui a entraîné un creusement brutal du déficit extérieur courant—celui-ci aurait atteint 5,3 milliards de dollars, selon les estimations, au premier trimestre 2008, contre 7 milliards de dollars pour l’ensemble de 2007. Ce déficit est financé de plus en plus par les entrées de capitaux à court terme.

Le fléchissement de l’activité aux États-Unis et en Europe, ses principaux marchés d’exportation, posera au Vietnam un double problème: il ralentira la croissance en 2008 et, en creusant le déficit extérieur courant, augmentera la vulnérabilité du pays aux chocs extérieurs, déjà exacerbée par un régime de change relativement rigide.

Des défis à relever

Dans l’immédiat, le Vietnam doit réduire ses déséquilibres intérieur et extérieur en s’appliquant à:

• Juguler l’expansion rapide du crédit. La hausse récente des taux d’intérêt et l’augmentation des réserves obligatoires en juin 2007 et février 2008 sont des avancées dans la bonne direction. Cependant, la Banque d’État doit utiliser plus efficacement la politique de taux d’intérêt pour s’assurer que les taux réels du marché sont positifs, sans perturber l’intermédiation financière du système bancaire. Priorité doit aussi être donnée à l’arrêt des politiques de prêt imprudentes pratiquées par les banques commerciales.

• Assouplir le taux de change. La devise vietnamienne est arrimée de facto au dollar, ce qui complique la politique monétaire dans ce contexte d’afflux massif de capitaux. Un régime de change plus flexible rendrait la politique monétaire plus efficace et faciliterait la gestion macroéconomique. Il inciterait aussi à mieux gérer les risques de change, à approfondir les marchés financiers et à rendre le Vietnam mieux à même de résister aux chocs externes.

• Restreindre les dépenses publiques. La politique monétaire devra être complétée par une restriction des dépenses hors budget et des dépenses des entreprises publiques, qui ont entraîné une forte hausse des emprunts publics en 2007. Le Vietnam ayant grand besoin de renforcer ses infrastructures, il conviendrait d’abord d’améliorer l’efficience des investissements publics et de revoir à la baisse des projets improductifs. L’exécution rapide des réformes des entreprises publiques, y compris du programme de privatisation partielle (vente d’actions représentant une fraction de la participation de l’État au capital des entreprises visées) peut jouer un rôle important à cet égard.

À moyen terme, le Vietnam doit progresser dans les réformes structurelles pour continuer de bénéficier d’une forte croissance. La réforme bancaire est une priorité, car elle aidera ce secteur à se développer sans compromettre sa stabilité. La privatisation partielle des banques publiques et la mise en place d’un cadre de réglementation et de contrôle sain sont une étape importante de ce processus. L’avancement de la réforme fiscale, l’amélioration du climat des affaires et la valorisation du capital humain figurent aussi parmi les réformes prioritaires.

Conscient de ces enjeux, le gouvernement a décidé de ramener son objectif de croissance pour 2008 à 7% et de s’appliquer en priorité à maîtriser l’inflation. Il a annoncé en outre qu’il resserrerait la politique monétaire et restreindrait les dépenses publiques pour assurer la stabilité macroéconomique. Cette résolution à mener des politiques et des réformes économiques avisées ouvre au Vietnam des perspectives de croissance soutenue et de recul de la pauvreté à moyen terme.

Shogo Ishii

FMI, Département Asie et Pacifique

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