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Bilan annuel: Allemagne: les leçons des turbulences financières

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2008
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C’est au milieu de 2007 que l’Allemagne a ressenti les répercussions de la crise du marché américain des prêts hypothécaires à risque et que le secteur financier du pays a commencé à changer.

Avec le quasi-effondrement, en juillet dernier, d’IKB, la première banque allemande de taille moyenne à se heurter à de graves difficultés depuis trois décennies, on s’est aperçu que certaines banques allemandes étaient peu rentables et prenaient des risques excessifs.

Les problèmes d’IKB ont annoncé l’arrivée en Europe de la crise financière qui se déchaînait sur le marché du crédit. L’évaluation annuelle la plus récente de l’économie allemande par le FMI portait sur un large éventail de questions, mais c’est aux enseignements à tirer des turbulences du marché financier qu’elle accordait la première place.

Une activité risquée

Les contrôleurs pourraient encourager une plus large utilisation des normes d’information financière afin de mieux appréhender les activités hors bilan.

(exposition des principales banques allemandes aux conduits et véhicules d’investissement spéciaux (VIS), en pourcentage)

Propriété1Actifs des conduits ou VIS rapportés
Aux fonds propresAux actifs
Sachsen-FinanzgruppePublique1.12630,3
West LBPublique54212,7
IKB (jusqu’au 29 juillet 2007, c.-à-d. avant le renflouement)Privée49420,5
Dresdner Bank (Bank (atténué par l’intégration dans le groupe Allianz)Privée3649,9
Landesbank Berlin (atténué par l’intégration dans S-Verbund Bayern)Publique1792,2
BayernLB (atténué par l’intégration dans S-Verbund Bayern)Publique1705,1
HSH NordbankPublique1264,0
Deutsche BankPrivée1143,3
HVB (atténué par l’intégration dans le groupe UCI)Privée1056,6
NORD LBPublique892,9
CommerzbankPrivée852,2
Helaba (atténué par l’intégration dans S-Verbund HT)Publique681.1
DZ-BANK (atténué par l’intégration dans Cooperative Network)Privée611,3
LBBWPublique591,7
KfW (atténué par une garantie souveraine illimitée)Publique582,6
Source: notations Fitch.

Participation majoritaire.

Source: notations Fitch.

Participation majoritaire.

Le sauvetage d’IKB, banque privée, a été assuré en partie par la KfW, une banque publique qui détenait 38% de son capital lorsque la crise a éclaté. Sachsen LB, autre banque du secteur public, a dû faire face à des difficultés similaires en août 2007 et a été renflouée par la plus grosse banque du secteur public d’Allemagne.

Fortes dépréciations

Une autre banque du secteur public ayant pignon sur rue, West LB, a elle aussi été confrontée à de graves difficultés nécessitant un plan de sauvetage au début de 2008. Qui plus est, de nombreuses autres banques publiques et privées ont déclaré des dépréciations plus élevées que prévu, notamment Bayern LB et, plus récemment, Deutsche Bank.

Quel est le point commun de ces événements? Avant tout, ces trois opérations de sauvetage ont été rondement menées, quoiqu’elles aient sérieusement dégarni les caisses de l’État. À la suite de la dernière recapitalisation, la KfW devrait certainement plus que doubler sa participation dans IKB, bien qu’elle ait déjà commencé de la céder.

Défis structurels

Le secteur bancaire allemand est depuis longtemps fragmenté et dégage de faibles marges par rapport aux normes internationales; il a réalisé peu de progrès pour diversifier ses sources de revenus (graphique 1). Globalement, la rentabilité du secteur reste anémique, ce qui pousse les banques à prendre des risques excessifs.

Graphique 1Des coffres peu remplis

Les banques allemandes n’ont guère accru les revenus qu’elles tirent des services non traditionnels et la rentabilité du secteur reste faible.

(marge nette sur les intérêts, 2005)

Citation: 37, 5; 10.5089/9781451976038.023.A005

Source: Banque mondiale, indicateurs du développement du secteur financier.

Le niveau élevé des ratios d’endettement et l’ampleur des conduits utilisés par les institutions ayant fait l’objet d’un sauvetage en sont un bon exemple. De manière plus générale, les récentes turbulences ont soulevé la question de savoir si les modèles de gestion de nombreuses banques (notamment les Landesbanken) étaient viables. Le dernier rapport établit les grandes lignes d’une restructuration effective du secteur bancaire, d’une amélioration de la supervision et d’un dispositif de prévention et de gestion capable de minimiser les crises.

Restructuration bancaire

Les pressions croissantes de la concurrence accélèrent la concentration dans le secteur: le nombre de banques a baissé d’environ un quart depuis le début de cette décennie (graphique 2). Les banques publiques ont fortement contribué à ces progrès, mais leurs fusions ont souvent été faites au cas par cas.

Graphique 2Concentration bancaire

La concurrence a suscité des regroupements au sein du secteur bancaire allemand. Le nombre de banques a baissé d’environ un quart depuis 2000.

(établissements de crédit pour 10.000 habitants, 2005)

Citation: 37, 5; 10.5089/9781451976038.023.A005

Source: Banque mondiale, indicateurs du développement du secteur financier.

En outre, la stratégie actuelle qui consiste à procéder à des regroupements principalement au sein du pilier public du système bancaire qui en comporte trois—privé, coopératif et public—risque de donner naissance à des banques régionales qui ne seront peut-être pas à même de résister à la concurrence du système financier mondial.

Pour assurer la viabilité des modèles de gestion, il convient de veiller à ce que les forces du marché et le capital du secteur privé jouent le rôle qui leur revient. Une étape majeure serait franchie si le pilier public s’ouvrait davantage aux investissements du secteur privé—à l’instar de la HSH Nordbank en 2006.

Pour accroître l’efficacité du pilier public, il faudrait éliminer les contraintes régionales qui pèsent sur les opérations des caisses d’épargne publiques. Les compromis politiques ne doivent pas se faire au détriment des options futures.

Renforcement de la supervision

Les problèmes qui ont nécessité le sauvetage des banques trouvent aussi leur origine dans les défaillances de l’émission des prêts hypothécaires aux États-Unis et de la méthodologie de notation acceptée au plan international. Même si les autorités de contrôle étaient plus ou moins au courant des activités de ces banques, les risques que représentaient leurs conduits ont été sous-estimés, comme dans d’autres pays.

Dans le système actuel, le contrôle s’appuie sur la Bundesbank et sur la BaFin, l’autorité fédérale de supervision financière. Certains progrès ont été accomplis pour éviter le chevauchement des visites de contrôle des deux institutions grâce à la récente révision du protocole régissant la coordination entre ces entités.

Toutefois, on peut aller plus loin. Les responsabilités seraient plus clairement attribuées si le contrôle bancaire et le suivi de l’application des règles prudentielles étaient regroupés au sein de l’une de ces deux institutions. Il faudrait que la BaFin conserve son rôle de principale agence de contrôle. Quel que soit le dispositif de contrôle, la Bundesbank aurait besoin de toutes les informations nécessaires pour assumer son rôle de garant de la stabilité financière et de prêteur de dernier recours.

Un sauvetage rapide mais onéreux

Même si plusieurs facteurs étaient à l’œuvre, deux ont précipité la dernière crise du marché financier: ils ont trait à ce que l’on appelle les conduits ou véhicules d’investissement spéciaux. Les banques se servaient de ces conduits pour procéder à des investissements hors bilan, généralement en vue de réduire le coût des normes de fonds propres (tableau page 77).

Ces conduits investissaient généralement dans des titres à long terme, tels que les prêts hypothécaires à risque et finançaient ces investissements par l’émission de papier commercial à court terme.

Ensuite, lorsque l’augmentation des taux de défaillance des prêts hypothécaires à risque soulevait des doutes quant à la qualité des actifs de leurs placements, les véhicules d’investissement ont rencontré de sérieuses difficultés pour refinancer leurs emprunts à court terme.

La pénurie de financement qui a suivi a mis IKB et d’autres banques devant l’obligation contractuelle de fournir un financement aux véhicules d’investissement qu’elles soutenaient. Toutefois, lorsqu’on s’est aperçu qu’IKB n’était pas en mesure d’honorer ses engagements, un plan de sauvetage a été mis en place pour limiter les répercussions. Avec le durcissement de la crise, de nouveaux renflouements sont devenus nécessaires à hauteur de près de 8 milliards d’euros, soit cinq fois les fonds propres de la banque.

Prévention des crises

Pour mettre en œuvre les normes de Bâle II relatives à l’adéquation des fonds propres, il faudra éviter le recours aux auditeurs externes et accélérer les efforts en vue d’attirer et de retenir des contrôleurs compétents.

Une transparence accrue et de fortes incitations à la prudence permettront de mieux prévenir et gérer les crises. Il faut pouvoir rapidement trouver des solutions mais aussi accroître les incitations au niveau de la gestion en autorisant la dilution des parts des actionnaires privés. Les contrôleurs devraient préconiser la publication plus fréquente des états financiers et encourager une plus large application des normes d’information financière afin de mieux appréhender les activités hors bilan.

Jurgen Odenius

FMI, Département Europe

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