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Mondialisation: La technologie creuse le fossé riches–pauvres

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
December 2004
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L’économie mondiale a subi de profondes mutations ces vingt dernières années. Depuis 1980, les échanges commerciaux ont quintuplé et leur part dans la production mondiale est passée de 36 à 55 %. L’intégration commerciale s’est accélérée pendant les années 90 avec l’entrée des anciens pays communistes dans le système international et le démantèlement des barrières commerciales dans les pays en développement d’Asie. La mondialisation financière a aussi été rapide: de 1990 à 2004, les avoirs financiers transnationaux ont plus que doublé en pourcentage de la production, passant de 58 à 131 % du PIB mondial. Les pays avancés continuent d’être à la pointe de l’intégration financière, mais les autres régions commencent à combler leur retard.

Quels effets cette évolution a-t-elle eus sur les revenus et l’écart entre riches et pauvres dans les pays? Un chapitre de l’édition d’octobre 2007 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé «Mondialisation et inégalité», apporte quelques éléments de réponse.

À l’aide de données récentes, nous montrons que l’inégalité (mesurée par le coefficient de Gini) s’est accentuée ces vingt dernières années dans la plupart des régions, notamment les pays en développement d’Asie, les pays émergents d’Europe, l’Amérique latine et les nouvelles économies industrielles d’Asie, ainsi que dans les pays avancés. En revanche, l’inégalité a reculé en Afrique subsaharienne et dans la Communauté des États indépendants.

La question. Y a-t-il un lien entre l’accentuation de l’inégalité observée depuis vingt ans dans la plupart des pays et l’intégration sans précédent de l’économie mondiale?

Les faits. C’est avant tout le progrès technologique qui explique l’aggravation de l’inégalité de revenu. La mondialisation y a moins contribué: si la mondialisation commerciale a réduit l’inégalité, la mondialisation financière, en particulier l’investissement direct étranger (IDE), l’a plutôt accentuée.

Que faire? Un meilleur accès à l’éducation et à la formation aiderait à ce que la hausse des revenus encouragée par la mondialisation soit répartie plus équitablement. Il serait aussi utile que les pauvres aient davantage accès à la finance et que la libéralisation commerciale se poursuive.

Amélioration du niveau de vie

Malgré cette plus grande inégalité, les revenus par habitant ont progressé dans presque toutes les régions pour toutes les couches de la population, même les plus pauvres. La situation des pauvres s’est donc améliorée en termes absolus, même si, dans la plupart des cas, les revenus des couches les plus aisées se sont accrus plus vite.

Le grand écart

Le progrès technologique a été le principal facteur d’aggravation de l’inégalité.

(variation annuelle en pourcentage)

Citation: 36, 13; 10.5089/9781451946550.023.A007

Source: calculs des services du FMI.

Comment expliquer le creusement de l’écart de revenu dans les pays?

Premièrement, c’est principalement le progrès technologique qui est à l’origine de l’accentuation récente de l’inégalité dans tous les pays (graphique). Ce facteur explique à lui seul l’essentiel de l’augmentation du coefficient de Gini au début des années 80, ce qui confirmerait la thèse que, dans les pays avancés comme dans les pays en développement, les nouvelles technologies font monter la prime de qualification.

Deuxièmement, la mondialisation a eu beaucoup moins d’influence que le progrès technologique, en raison des influences opposées de la mondialisation commerciale et de la mondialisation financière sur l’inégalité.

Troisièmement, contrairement à une idée fort répandue, la mondialisation commerciale a contribué à réduire et non à accroître l’inégalité. Dans les pays en développement, l’accroissement des exportations agricoles et la libéralisation des droits de douane ont aidé à améliorer la distribution du revenu. Dans les pays avancés, la hausse des importations en provenance des pays en développement s’est accompagnée d’une baisse de l’inégalité de revenu, sans doute du fait que les emplois manufacturiers peu rémunérés ont été remplacés par des emplois mieux payés dans les services.

Quatrièmement, l’investissement direct étranger (IDE) a eu un effet surtout négatif sur la distribution du revenu. L’afflux d’IDE a accru la demande de main-d’œuvre qualifiée dans les pays en développement, tandis que dans les pays avancés les sorties d’IDE ont réduit la demande locale de travailleurs peu qualifiés.

Qu’est-ce que cela signifie pour les pouvoirs publics? Le progrès technologique et l’IDE sont associés à une hausse des revenus. Il convient donc de les encourager. Mais puisqu’ils rendent plus rentable l’acquisition de compétences, il est indispensable d’améliorer l’accès à l’éducation et à la formation pour permettre une répartition plus équitable des fruits de la croissance.

Florence Jaumotte et Subir Lall

FMI, Département des études

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