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Surveillance mondiale

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2006
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Perspectives de l’économie mondiale: Préoccupations devant les déséquilibres et l’envolée du pétrole

Compte tenu de l’ajustement à la hausse des estimations de croissance pour la Chine, l’Inde et la Russie et du regain d’optimisme pour le Japon, le FMI a relevé de 0,6 point—de 4,3 % en septembre dernier à 4,9 % cette année—ses projections de la croissance mondiale pour 2006, dans sa dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale.

En conférence de presse le 19 avril, Raghuram Rajan, Conseiller économique du FMI, a salué les résultats de l’économie mondiale (voir graphique), notant que 2006 serait la quatrième année consécutive où la croissance dépasserait 4 %, et que celle-ci s’étend à davantage de régions—ce qui est particulièrement satisfaisant. On peut dire honnêtement que la situation n’a jamais été meilleure, a-t-il déclaré. Toutefois, les tensions sur le marché pétrolier, l’aggravation des déséquilibres et les pressions croissantes sur les taux d’intérêt font planer des risques de dégradation de la situation. Le plus inquiétant, selon M. Rajan, c’est le «déficit d’action qui s’amplifie». Beaucoup trop de pays en font beaucoup trop peu, et l’on peut craindre que les politiciens du monde entier laissent échapper une occasion en or de procéder aux ajustements qui permettraient à leur économie de soutenir le rythme d’une économie mondiale de plus en plus intégrée et concurrentielle.

Une croissance plus équilibrée

En 2006, la croissance devrait ralentir aux États-Unis, rester vigoureuse au Japon et s’affermir dans la zone euro.

Aux États- Unis, la croissance au premier trimestre de 2006 a probablement rebondi après l’atonie du quatrième trimestre de 2005; sur l’année entière, on prévoit une croissance de 3,4 %, en légère baisse par rapport aux 3,5 % de l’an dernier. Des risques subsistent, y compris l’incertitude sur le financement d’un déficit des transactions courantes qui s’aggrave et le ralentissement du marché du logement—si le taux d’appréciation des prix réels des logements baisse de 5 points par exemple, la croissance américaine fléchira de 1 point, a noté M. Rajan. À moyen terme, le pays devra privilégier un ajustement budgétaire plus ambitieux—fondé essentiellement sur la hausse des impôts, selon le FMI—pour équilibrer le budget (hors sécurité sociale) d’ici 2010 en vue de faire face aux pressions démographiques futures et de contribuer à la réduction des déséquilibres mondiaux.

Au Japon, la reprise est maintenant bien engagée, et la croissance devrait atteindre 2,8 % en 2006. Les exportations ont alimenté la reprise, mais le plus important est que l’expansion est de plus en plus tirée par la demande intérieure, qui est stimulée par la hausse de l’emploi, la bonne tenue des bénéfices des entreprises et la croissance du crédit. Il se peut que les perspectives à court terme s’améliorent encore, surtout si la consommation privée s’accélère. Mais, à plus long terme, la capacité du Japon de soutenir une croissance vigoureuse et de répondre aux besoins de sa population vieillissante dépendra de sa capacité de gérer la transition vers un nouveau cadre monétaire, de rétablir la viabilité des finances publiques et de relancer la croissance de la productivité.

Dans la zone euro, le FMI juge encourageants les indicateurs avancés faisant état d’une intensification de la reprise. Malgré la faiblesse de la consommation, le FMI reste optimiste: la croissance avoisinera 2 % en 2006 et le redressement sera généralisé. Cependant, le FMI réprimande les pays de la zone euro pour l’insuffisance des progrès dans la réduction des déficits budgétaires. La prospérité à long terme de la région est liée inextricablement à des mesures plus ambitieuses pouvant stimuler la croissance potentielle et l’emploi par l’assouplissement du marché du travail. Une plus grande insécurité d’emploi pourrait bien être le prix à payer pour mieux protéger le mode de vie européen, selon M. Rajan.

La croissance tient bon

La croissance mondiale reste largement supérieure à sa tendance historique tandis que l’inflation et les taux d’intérêt à long terme sont exceptionnellement faibles.

(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)

Citation: 35, 8; 10.5089/9781451976397.023.A004

Note: Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

1Taux moyen de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, ce qui oriente la courbe vers le haut.

2Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans (ou à échéance la plus proche de dix ans) des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

3Moyenne arithmétique des cours au comptant des bruts U.K. Brent, Dubai Fateh et West Texas Intermediate.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

La croissance reste vigoureuse en Asie

Dans les pays émergents d’Asie, la croissance est restée très rapide en 2005 (8,2 %) et ne devrait ralentir que légèrement pour s’établir à 7,9 % en 2006, soit 1 point de plus que prévu en septembre dernier. En Chine, la croissance devrait atteindre 9,5 % en 2006. Mais, pour soutenir ce rythme, la Chine devra miser davantage sur la consommation intérieure que sur l’investissement et les exportations nettes. Les mesures visant à accélérer les dépenses de santé et d’éducation et à établir des dispositifs de protection sociale sont les bienvenues, a déclaré M. Rajan, mais elles seront d’autant plus efficaces si elles seront appuyées par des réformes du secteur financier et un assouplissement du régime de change.

En Inde, la croissance reste impressionnante et devrait atteindre 7 % en 2006. Le FMI félicite le pays d’avoir commencé à répondre à ses besoins énormes d’infrastructures. Mais il est urgent d’assouplir le marché du travail pour créer des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et d’accroître l’investissement dans l’enseignement supérieur pour maintenir la compétitivité du pays dans les secteurs à forte intensité de compétences.

Partager la richesse

Au cours des dernières années, la faiblesse de l’inflation, la demande accrue de produits de base et l’amélioration du climat macroéconomique dans de nombreux pays ont permis de partager les fruits de la croissance forte et soutenue de l’économie mondiale. Selon M. Rajan, la performance récente de l’Afrique subsaharienne est particulièrement encourageante. Cette région enregistrera une croissance réelle de plus de 5 % pour la troisième année consécutive (voir tableau). En fait, la croissance de 5,8 % prévue en 2006 représente le taux le plus élevé depuis 30 ans pour la région.

Au Moyen-Orient et dans une bonne partie de l’ Asie centrale, la hausse des recettes pétrolières devrait préserver la vigueur de la croissance en 2006 et gonfler les excédents des transactions courantes. Il sera prioritaire d’orienter les recettes pétrolières vers des investissements productifs et de créer des emplois pour une jeunesse nombreuse.

La hausse des cours des produits de base a alimenté une expansion vigoureuse en Amérique latine, où le FMI prévoit une croissance de 4,3 % en 2006—comme en 2005, mais 0,5 point de plus que prévu en septembre. La rigueur de la discipline budgétaire et la solidité de la croissance ont permis de réduire sensiblement la dette publique. Mais celle-ci reste élevée dans plusieurs pays, et l’une des priorités est de maintenir sa trajectoire à la baisse.

En Europe de l’Est, la croissance a été vigoureuse et les perspectives restent favorables, mais les déficits élevés des transactions courantes et l’essor rapide du crédit dans de nombreux pays doivent être surveillés de près.

Une croissance plus équilibrée

Un plus grand nombre de pays et de régions contribuent désormais à la vigueur de la croissance mondiale.

Projections actuelles
2004200520062007
(Variation annuelle en pourcentage)
Production mondiale5,34,84,94,7
Économies avancées3,32,73,02,8
États-Unis4,23,53,43,3
Zone euro2,11,32,01,9
Japon2,32,72,82,1
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,84,65,24,5
Marchés émergents et pays en développement7,67,26,96,6
Afrique subsaharienne5,65,55,85,7
Russie7,26,46,05,8
Asie en développement8,88,68,28,0
Chine10,19,99,59,0
Inde8,18,37,37,0
ANASE-415,85,25,15,7
Moyen-Orient5,45,95,75,4
Hémisphère occidental5,64,34,33,6

ANASE-4 = Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2006.

ANASE-4 = Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2006.

La pression monte

En dépit des perspectives de croissance robuste, la pression monte sur plusieurs fronts. L’abondance de liquidités à l’échelle mondiale a permis de maintenir les taux d’intérêt à long terme et les primes de risque à un bas niveau, mais le cycle de liquidité semble sur le point de s’inverser et la baisse prévue de l’excédent d’épargne des entreprises exercera probablement aussi une pression à la hausse sur les taux d’intérêt réels. Il s’agit en fait d’un retour à la normale après une période où les conditions ont été extrêmement favorables, a noté M. Rajan. C’est une transition tout à fait naturelle, mais les décideurs devront rester vigilants. Tout changement comporte des risques, et c’est particulièrement vrai là où les prix des actifs sont gonflés.

Enfin, le FMI a préconisé une démarche multilatérale pour corriger les déséquilibres mondiaux des transactions courantes. Ces déséquilibres devront être ajustés et l’impératif d’une bonne gestion des risques semble militer pour un cadre d’action multilatéral mettant en place des mesures à l’appui d’une transition harmonieuse sous l’impulsion du secteur privé. Une telle démarche pourrait aussi rassurer les marchés—réduisant ainsi la probabilité d’un rééquilibrage brutal et coûteux—et aider à étouffer les poussées protectionnistes croissantes—un danger bien réel dans le monde d’aujourd’hui, selon M. Rajan.

Des exemplaires de l’édition d’avril 2006 des Perspectives de l’économie mondiale sont disponibles au prix de 49 dollars (46 dollars pour les enseignants et les étudiants) auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 128. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

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