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Études: Coûts et avantages de la libéralisation des échanges

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2006
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La politique commerciale, la performance des immigrants sur le marché du travail et les avantages de la libéralisation des échanges sont les principaux sujets abordés le 13 avril lors d’une conférence sur le commerce international parrainée par la Division du commerce et de l’investissement du Département des études du FMI. La conférence, troisième d’une série regroupant des chercheurs du FMI et d’ailleurs, avait pour but de mieux faire comprendre les schémas et les conséquences économiques des divers flux internationaux de biens et de capitaux.

Andrei Levchenko (FMI) a lancé le débat en présentant une étude intitulée «Openness, Volatility and the Risk Content of Exports», qu’il a réalisée en collaboration avec Julian di Giovanni (FMI). Ayant observé que la croissance de la productivité des pays plus ouverts au commerce est plus fragile, les auteurs ont analysé, à partir de données de panel sur la production manufacturière et le commerce, les mécanismes par lesquels les échanges peuvent influer sur la volatilité de la production. Leurs conclusions indiquent que les secteurs dont les échanges sont plus actifs sont plus instables, et que le commerce pousse à une spécialisation accrue. Ces deux forces aggravent la volatilité globale.

MM. Levchenko et di Giovanni ont aussi constaté que la corrélation est moindre entre la production des secteurs plus ouverts au commerce et celle du reste de l’économie, ce qui réduit la volatilité globale. Ils montrent que chacun des trois facteurs a un effet appréciable sur la volatilité dans son ensemble. Lorsque ces trois facteurs sont combinés, une variation d’un écart-type de l’ouverture aux échanges est associée à une aggravation de la volatilité totale d’environ 15 % de la volatilité moyenne observée dans les données. Les auteurs utilisent ces résultats pour évaluer le coût social d’une instabilité accrue dans plusieurs scénarios. Enfin, ils ont mis au point une mesure sommaire des risques afférents au schéma de spécialisation des exportations d’un pays et ont analysé ses caractéristiques dans les pays au fil du temps. La nature des risques associés aux exportations d’un pays est très variable, mais n’est pas simplement liée au niveau de revenu ou aux autres caractéristiques du pays.

De toute évidence, la vie politique d’un pays pèse très lourd sur la structure de ses échanges. Dans «Fairness and the Political Economy of Trade», le professeur Doug Nelson (université Tulane et expert invité par le FMI), Carl Davidson et Steve Matusz (tous deux de l’université du Michigan) se sont penchés sur la perception de l’équité et le lien avec la politique commerciale. Sous l’angle positif de l’économie politique, affirment-ils, le rôle de l’équité dans la politique commerciale n’est pas anodin. La perception globale de l’équité, identifiable au niveau particulier, a une incidence générale tant sur les systèmes sociaux et politiques d’un pays que sur l’économie. Les auteurs estiment d’ailleurs que ces notions limitent systématiquement la capacité des pouvoirs publics de formuler et d’appliquer leur politique commerciale.

Le paradoxe des flux de capitaux internationaux

S’agissant des flux de capitaux, le professeur Jiandong Ju (université d’Oklahoma et expert invité du FMI) et Shang-Jin Wei (FMI) ont examiné deux questions d’économie internationale dans leur étude intitulée «A solution to Two Paradoxes of International Capital Flows». Selon le modèle utilisé, les flux internationaux de capitaux des pays riches vers les pays pauvres sont trop limités (paradoxe de Lucas dans un modèle unisectoriel) ou trop importants (lorsqu’on les compare à la logique du nivellement des prix des facteurs dans un modèle bisectoriel).

Pour résoudre les paradoxes, les auteurs proposent une théorie non néoclassique qui allie un modèle de contrat financier entre les entrepreneurs et les investisseurs conçu par Holmstrom et Tirole (1998) et le cadre Heckscher-Ohlin-Samuelson. Dans leur modèle, le retour sur l’investissement financier et le produit marginal du capital physique sont séparés de manière naturelle. Le modèle a engendré un certain nombre de prédictions intéressantes qui semblent bien correspondre aux données. Par exemple, il peut y avoir d’énormes flux de capitaux bruts entre les pays riches et les pays pauvres, mais seulement un flux net réduit. De fait, grâce à l’équilibre particulier du marché mondial des capitaux, le système financier relativement inefficace est complètement court-circuité.

Peu d’autres institutions internationales suscitent des sentiments aussi divers que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ou son prédécesseur, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Bien que l’entrée dans une organisation commerciale mondiale soit souvent considérée comme un tremplin pour l’essor économique d’un pays, beaucoup estiment qu’un organisme voué à la mondialisation peut réduire injustement leur prospérité. D’autres, en revanche, doutent que cet organisme soit vraiment importante.

Dans leur article intitulé «Is Bitter Medicine Good for you? The Economic Consequences of the WTO/GATT Accession», M.K. Tang (FMI) et Shang-Jin Wei examinent la polémique sur l’utilité de l’OMC/GATT pour ses membres. Ils démontrent que les pays ayant adhéré à l’OMC/GATT pendant et après le cycle de négociations d’Uruguay ont eu tendance à enregistrer une hausse marquée de la croissance économique et du ratio investissements–PIB au moment de leur adhésion. Mais il semble que ces avantages ont échappé aux pays qui n’ont pas été soumis à des procédures rigoureuses d’accession. Qui plus est, MM. Tang et Wei démontrent que les engagements politiques pris à la suite de l’accession sont salutaires pour les pays, notamment ceux dont l’indice de qualité de la gouvernance est faible. Dans l’ensemble, l’étude suggère que les réformes économiques associées à l’adhésion à l’OMC/GATT dopent la performance économique d’un pays.

Mouvements de personnes

Les biens, les services et le capital physique franchissent les frontières, tout comme les personnes (le capital humain), dont les mouvements sont aussi importants. En présentant leur étude conjointe intitulée «Brain Waste? Educated Immigrants in the U.S. Labor Market», Caglar Ozden, Aaditya Mattoo et Ileana Cristina Neagu (tous de la Banque mondiale) ont centré leur attention sur ces mouvements internationaux et sur les destinations professionnelles de ceux qui émigrent vers les États-Unis. Ils ont constaté que les immigrants dont l’âge, la formation et l’expérience professionnelle sont similaires ont tendance à exercer des professions différentes selon leur origine. Par exemple, les immigrants qualifiés venant d’Amérique latine et d’Europe de l’Est occuperont plus probablement des emplois non spécialisés, contrairement à ceux venant des pays asiatiques et développés.

Leurs conclusions suggèrent que deux forces influent sur la performance des immigrants sur le marché du travail. Premièrement, la qualité du capital humain, qui varie selon que le pays d’origine a alloué des fonds importants à l’enseignement postsecondaire ou que l’anglais a été utilisé comme langue d’enseignement, constitue un facteur important. Deuxièmement, puisqu’il est relativement difficile d’émigrer vers les États-Unis à partir de nombreux pays asiatiques, surtout par rapport aux pays d’Amérique latine, seuls les diplômés universitaires les plus qualifiés sont susceptibles d’y accéder et d’obtenir de meilleurs résultats.

La conférence s’est achevée sur une évaluation quantitative des avantages de la libéralisation des échanges. Bien qu’il soit généralement reconnu que l’ouverture au commerce accroît l’efficacité, les pays sont souvent rebutés en partie par les coûts des ajustements macroéconomiques à court terme qui peuvent accompagner la libéralisation des échanges. Dans l’article intitulé «Trade Liberalization, Macroeconomic Adjutsment and Welfare: Unifying Trade and Macro Models», Ehsan Choudhri (université Carleton), Hamid Faruqee et Stephen Tokarick (tous deux du FMI) montrent, à l’aide d’un modèle d’équilibre général dynamique, que les coûts d’ajustement à court terme sont minimes comparés aux gains d’efficacité à long terme. Leur modèle atteste aussi que les coûts d’ajustement sont encore plus négligeables si le régime de change est souple ou si une règle relative aux taux d’intérêt cible la souplesse des niveaux de prix. Non seulement leurs résultats indiquent que la libéralisation des échanges est souhaitable, mais ils offrent aussi des suggestions constructives pour optimiser les avantages globaux de la libéralisation moyennant des politiques monétaires et de change appropriées.

Phil McCalman et M.K. Tang

FMI, Département des études

Le texte intégral de ces études est affiché sur le site du FMI (www.imf.org).

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