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Régions: Des déséquilibres extérieurs préoccupants dans la zone eur

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2006
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Les déséquilibres des paiements mondiaux font l’objet d’une attention considérable en ce qui concerne les États-Unis, les pays producteurs de pétrole et l’Asie, mais les déséquilibres extérieurs des pays de la zone euro ne cessent de s’aggraver, atteignant des proportions similaires. Le solde des transactions courantes de la zone euro étant modeste et relativement stable, la situation économique n’est guère préoccupante; en effet, la position extérieure courante des membres d’une union monétaire ne comporte pas les mêmes risques que celle des pays ayant des monnaies indépendantes. Par exemple, nul ne se soucie de la balance des paiements de la Californie, bien que la taille de son économie soit semblable à celle des plus grands pays de l’Union européenne.

Il n’empêche que l’évolution de la zone euro est frappante et semble refléter une dynamique insoutenable. Émanation de facteurs communs tels que la conjoncture économique régionale, la flambée des cours du pétrole et les fluctuations de l’euro, le solde des transactions courantes des quatre grandes économies de l’union (Allemagne, Espagne, France et Italie) a perdu 0,8 point de pourcentage du PIB entre 1997 et 2005 (voir tableau). Toutefois, la disparité entre les pays est nette: le solde courant de l’Allemagne a gagné cinq points de pourcentage du PIB, tandis que celui des trois autres pays affiche un recul de l’ordre de quatre à sept points.

Pourquoi cette divergence?

Dans une union économique et monétaire, en l’absence d’une politique monétaire indépendante dans chaque pays membre, l’ajustement aux positions cycliques de la demande est associé à l’évolution de la compétitivité et du compte extérieur. Par exemple, une faible demande intérieure comme celle de ces dernières années en Allemagne pèse sur les prix et les salaires, améliorant la compétitivité et les exportations nettes. L’inverse se produit dans les pays où la demande intérieure est forte — cas de la France et de l’Espagne.

Confirmant ce scénario, une récente analyse multinationale du FMI constate que l’évolution de la compétitivité des coûts et des prix explique largement la disparité des résultats en matière d’exportation. Bien que les pays de la zone euro partagent une monnaie commune, leurs taux de change basés sur le coût unitaire de la main-d’œuvre, déterminés par l’évolution des coûts relatifs et de la productivité ainsi que par la répartition géographique des échanges, se comportent différemment.

Ainsi, l’impact de l’appréciation de l’euro (depuis le creux cyclique de 2000) sur la compétitivité internationale de l’Allemagne a été compensé par le regain de productivité, la modération des hausses salariales et la maîtrise des autres coûts. La France n’a connu qu’une légère appréciation réelle largement attribuable à des gains de productivité. Par contre, la compétitivité a marqué un net recul en Espagne, les hausses salariales ayant dépassé les gains de productivité. En Italie, les pertes de productivité ont gommé l’impact éventuel de la modération des salaires, minant gravement la compétitivité. De fait, l’Italie a enregistré un déficit courant malgré une faible demande intérieure.

Déséquilibres croissants

Les quatre grandes économies de la zone euro ont une monnaie commune, mais leurs déséquilibres révèlent une dynamique insoutenable.

(Solde des transactions courantes, en pourcentage du PIB)

Zone euro 4FranceAllemagneItalieEspagne
19970,72,8−0,42,8−0,1
2005−0,1−1,44,6−1,9−7,1
Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.
Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

Les facteurs structurels ont également joué un rôle majeur. Ils émanent des divers niveaux d’intégration à l’économie mondiale, de l’orientation géographique et de la composition sectorielle des exportations, et, phénomène peut-être aussi important, des divers rythmes de réforme des marchés du travail et des produits dans les quatre grands pays de la zone. Ainsi, l’Allemagne semble récolter les fruits des réformes du marché du travail, tandis que l’Italie souffre de l’absence de telles réformes. L’évolution des prix compte aussi, du moins à court terme. Les exportateurs italiens semblent avoir répercuté sur les prix à l’exportation un pourcentage de la hausse des coûts unitaires de la main-d’œuvre supérieur à la moyenne, ce qui leur a fait perdre des parts de marché.

Néanmoins, l’évolution du commerce, surtout entre 2001 et 2005, ne saurait être attribuée aux variables explicatives classiques. D’autres recherches et analyses portant sur des pays spécifiques seront nécessaires afin d’expliquer pourquoi les tendances commerciales estimées ont été favorables et pourquoi les résultats ont été meilleurs que prévu en Allemagne, alors que ces tendances ont été défavorables et le commerce a été moins dynamique que prévu en Espagne, en France et en Italie. Si cette évolution persiste, elle signale la nécessité d’améliorer la compétitivité dans ces trois pays.

Luc Everaert, FMI, Département Europe

Pour plus de renseignements, veuillez consulter le Rapport du FMI no 05/401, France, Germany, Italy, and Spain: Explaining Differences in External Sector Performance Among Large Euro Area Countries. Des exemplaires sont disponibles au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 160. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

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