Article

Études: Pour la création de Gulfstat, système statistique régional

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
July 2006
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Les six membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) — Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar — ont entrepris d’établir un marché commun d’ici 2007 et une union monétaire à l’horizon 2010. Pour suivre ce processus de convergence et asseoir leur politique économique et monétaire sur des bases solides, ils doivent être en mesure de produire des statistiques économiques comparables. Comment y parvenir? Un document de travail du FMI passe en revue les institutions statistiques des pays du CCG et recommande la création d’un institut régional — Gulfstat — qui pourrait s’inspirer de ceux dont se sont dotés l’Afrique et l’Union européenne (UE).

L’objectif premier du CCG est de promouvoir l’intégration économique de ses pays membres. Les progrès dans cette voie peuvent se mesurer à l’aide de critères de convergence sur le plan macroéconomique, commercial et social. Le CCG a retenu des critères semblables à ceux du Traité de Maastricht de 1992: inflation, taux d’intérêt, réserves de change, déficit budgétaire et ratio dette/PIB.

La mise en place d’un institut statistique régional pourrait aider le CCG dans sa marche vers un marché commun et une union monétaire. Comme les instituts nationaux sont encore en mutation, il est crucial que les six pays conviennent d’une méthodologie commune pour recueillir et traiter certaines données et d’un programme de diffusion des données. Gulfstat pourrait être chargé de l’établissement des statistiques Dans son allocution d’ouverture de la 15e réunion des Comités ministériels du plan et du développement du CCG, qui a eu lieu en juin à Abu Dhabi, Shaikha Lubna Al Qassimi a insisté sur l’importance de la création de Gulfstat, dans la perspective du recensement du CCG de 2010 et d’autres activités statistiques.

Feuille de route

Les six États coordonnent déjà depuis quelque temps leurs activités statistiques afin de garantir la comparabilité transversale des données. Les directeurs des instituts nationaux se rencontrent périodiquement et, en mai 2004, ils ont adopté une série de mesures pour consolider et développer leurs travaux en commun, en vue d’uniformiser les lois statistiques, d’adopter une méthodologie commune pour la constitution de banques de données, de réaliser des enquêtes coordonnées au niveau régional afin de combler les lacunes des statistiques démographiques, de coordonner les efforts d’établissement de statistiques des investissements directs étrangers et de mettre en œuvre le programme international de comparaisons, qui produit des estimations comparables du niveau des prix, du montant des dépenses et de la parité de pouvoir d’achat d’un pays à l’autre. Il coordonne aussi les statistiques sur l’égalité des sexes, qui doivent, entre autres, permettre de suivre le stade de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement.

Il importe, pour promouvoir la collaboration entre les instituts statistiques du CCG, de définir clairement les responsabilités pour la production des statistiques officielles au niveau national, ce qui n’est pas actuellement le cas dans tous les pays. Les banques centrales se chargent des statistiques monétaires et de la balance des paiements dans tous les pays sauf un, et la coordination dans ces domaines est donc relativement aisée. Pour toutes les autres statistiques, en revanche, le système institutionnel est bien plus complexe. Il faudra sans doute légiférer pour permettre aux instituts d’établir des accords entre eux et avec l’institut régional envisagé. Il est particulièrement important de fixer clairement les responsabilités légales lorsque l’institut statistique est situé dans un ministère.

Il importe également de clarifier les responsabilités légales pour l’établissement et la diffusion des statistiques de finances publiques — cruciales pour observer les progrès de la convergence vers l’union monétaire. Dans maints pays industrialisés, c’est le ministère des finances qui produit la plupart des données de base, mais c’est en général l’institut national qui établit et diffuse ces statistiques. Les pays du CCG pourraient envisager un système similaire.

Pour être efficace et produire des données fiables, Gulfstat devra être doté d’une solide structure de gouvernance. Ce doit être un institut indépendant, avec l’assise juridique nécessaire pour promouvoir le professionnalisme et susciter la confiance du public dans les statistiques qu’il produit.

L’exemple d’Afristat et d’Eurostat

Pour ce faire, Gulfstat pourrait s’inspirer de deux modèles: Afristat et Eurostat. Le premier est un institut régional ouvert à tous les pays d’Afrique subsaharienne. Créé en 1996, en réponse au déclin des systèmes statistiques nationaux au cours des années 80, il s’attache à développer les capacités pour la production de statistiques économiques et sociales cohérentes, comparables et fiables.

Eurostat a été établi en 1953 pour les besoins de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Son champ d’activité s’est élargi lors de la création de la Communauté européenne en 1957. Il fournit aujourd’hui à la Commission européenne et aux autres institutions communautaires les statistiques qui leur permettent de définir, de mettre en œuvre et d’analyser les politiques communautaires. Depuis l’avènement de l’Union économique et monétaire européenne, la Banque centrale européenne est aussi devenue un important utilisateur des statistiques que produit Eurostat.

Afristat et Eurostat coordonnent les activités des instituts nationaux, promeuvent l’harmonisation des procédures et méthodologies, et, plus généralement, encouragent le dialogue entre les instituts statistiques. Ce sont des caractéristiques essentielles que Gulfstat pourrait faire siennes tout en s’adaptant au contexte propre de l’intégration régionale du CCG.

Gulfstat pourrait sans doute s’attacher en priorité à intensifier la collaboration entre les instituts nationaux, mettre au point des programmes de travail communs et coordonner les procédures de collecte des données. Eurostat a organisé la collaboration avec les pays membres au moyen de groupes consultatifs actifs au sein du Système statistique européen (SSE). Ces groupes consultatifs ont pour rôle crucial de rapprocher les pratiques statistiques des pays membres. Le ferme accord des membres du SSE sur les règles de diffusion des statistiques sous-tend les travaux d’Eurostat. Ce type de relations contractuelles peut servir de modèle pour les pays du CCG.

Afristat fournit de l’assistance technique aux instituts nationaux. Eurostat n’assure pas cette fonction au sein du SSE, mais bon nombre de ses employés sont des experts détachés par les instituts nationaux, ce qui donnent aux statisticiens une occasion précieuse d’apprendre comment les autres pays travaillent. Gulfstat pourrait panacher les deux formules: avoir à la fois quelques experts internationaux et quelques statisticiens détachés par leurs pays, tout en organisant aussi des cours de formation pour les instituts nationaux et en servant de plaque tournante de la collaboration avec les institutions internationales.

Gulfstat pourrait sans doute s’attacher en priorité à intensifier la collaboration entre les instituts nationaux, mettre au point des programmes de travail communs et coordonner les procédures de collecte des données.

Promouvoir l’intégration et la comparabilité

Les directeurs des instituts nationaux de statistiques des pays du CCG ont déjà décidé d’organiser une enquête auprès des ménages et un recensement démographique coordonnés et Gulfstat pourrait être le cadre institutionnel de ces activités. Dans l’UE, ce sont les instituts nationaux qui se chargent de recueillir les données, mais en pratique, Eurostat participe activement au processus. Gulfstat pourrait jouer un rôle similaire au plan régional.

Afristat et Eurostat drainent de vastes zones économiques qui englobent des unions monétaires, mais ne s’y limitent pas. C’est là un point instructif: Gulfstat pourrait avoir son intérêt propre dans la mesure où il promeut le développement des statistiques dans la région et favorise ainsi l’intégration de ces six États du Moyen-Orient. On peut aussi en déduire que la mise sur pied d’un institut régional pourrait se faire à un rythme différent de la marche vers le marché commun et l’union monétaire.

Le programme de travail que le Secrétariat du CCG envisage de confier à Gulfstat privilégierait la cohérence, l’actualité et la comparabilité des statistiques. Les travaux en vue de l’adoption d’une méthodologie commune pour l’établissement des estimations des comptes nationaux ont commencé. À cet égard, le Comité statistique du CCG prépare actuellement un échéancier détaillé pour la mise en œuvre des recommandations du Système de comptabilité nationale 1993. Il s’attache en outre à achever l’uniformisation des définitions, concepts et classifications statistiques. Par ailleurs, une méthodologie d’établissement des statistiques commerciales intra-CCG est à l’étude, en étroite coordination entre les instituts statistiques et les directions des douanes.

Eurostat bénéficie directement du fait que la plupart de ses membres ont déjà adopté la Norme spéciale de diffusion des données (NSDD) élaborée par le FMI — ensemble de règles que s’engagent à respecter les pays qui ont ou souhaitent avoir accès aux marchés de capitaux internationaux pour la diffusion de leurs statistiques dans les meilleurs délais, conformément aux normes internationales. De même, Afristat bénéficie du fait que ses pays membres participent au Système général de diffusion des données (SGDD) — en observant un certain nombre de normes recommandées et en élaborant un plan d’action stratégique pour étoffer leur système statistique national. La participation de tous les membres du CCG au SGDD, dans la perspective de l’adoption de la NSDD à terme, rehausserait l’efficacité du système statistique et de l’institut régional.

Ressources requises

Pour promouvoir l’intégration régionale, de quels moyens Gulfstat devrait-il disposer? Tout dépend des fonctions qui seraient confiées au nouvel institut régional. Là encore, l’exemple d’Afristat et d’Eurostat, qui desservent certes un bien plus grand nombre de pays, peut être instructif. Afristat est né de la nécessité de mettre en commun les maigres ressources financières des pays membres. Les pays du CCG n’ont pas cette contrainte, mais l’exemple d’Afristat montre comment une organisation légère — qui ne compte que douze cadres professionnels — peut répondre aux besoins variés de ses pays membres. Son action de promotion du développement des instituts nationaux est aussi comparable à la situation des États du CCG.

Eurostat a pris forme alors que les instituts nationaux de la Communauté étaient déjà bien développés. Il était donc naturel que son rôle principal soit la coordination des activités statistiques. Le contexte serait différent pour Gulfstat. Les instituts nationaux du CCG sont encore en phase de développement, et Gulfstat pourrait avoir pour fonction cruciale de diriger ce processus.

Abdulrahman K. L. Al-Mansouri,

Centre d’assistance technique du Moyen-Orient

Claudia Dziobek, Département des statistiques du FMI

Cet article s’inspire du document de travail n° 06/38, Providing Official Statistics for the Common Market and Monetary Union in the Gulf Cooperation Council (GCC) Countries—A Case for Gulfstat. Pour commander, voir page 208. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

Other Resources Citing This Publication