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Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
June 2006
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Singapour : de la reprise à l’expansion soutenue

Durant la décennie écoulée, Singapour est parvenue à surmonter les effets de nombreux chocs exogènes et d’une intensification de la concurrence régionale grâce, en grande partie, à des réformes structurelles et des politiques macroéconomiques propices. Son économie demeure vigoureuse mais la montée de l’inflation souligne combien il est important de bien doser les différentes mesures de politique économique. La concurrence régionale étant plus intense, Singapour devra maintenir le cap des réformes structurelles.

Durant ces dix dernières années, Singapour a subi plusieurs chocs exogènes, dont la crise asiatique de 1997–98, l’éclatement de la bulle technologique en 2001 et le danger du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) au début de 2003. Le pays a réussi à les surmonter et à se redresser rapidement (voir graphique ci-dessous). Cette capacité d’adaptation s’explique en grande partie par la solidité des fondamentaux et par les politiques monétaire et budgétaire mises en œuvre.

La politique monétaire de Singapour s’appuie sur la gestion d’un indice de change pondéré par le commerce extérieur (TWI) dans une bande non précisée et elle a pour principal objectif de préserver la stabilité des prix. La Monetary Authority of Singapore (MAS) a réagi aux chocs macroéconomiques de ces dernières années en tolérant une dépréciation du TWI. Sur le plan budgétaire, les autorités ont réduit de moitié le taux d’épargne publique (en pourcentage du PIB) entre 1997 et 2005.

Durant cette même période, la compétitivité de Singapour a été mise à rude épreuve par la montée en puissance des pays de la région, comme la Chine ou l’Inde dont les coûts de production sont faibles. A notamment été touché le secteur de l’électronique, lequel représente environ un tiers du PIB. Ses coûts de main-d’œuvre étant supérieurs, Singapour a eu du mal à se montrer compétitif dans les secteurs technologiques moins avancés.

Pour réagir à la concurrence, les autorités ont misé sur les réformes structurelles destinées à assouplir le marché du travail et les salaires; à libéraliser le secteur bancaire, les télécommunications et les services publics; à renforcer le dispositif de réglementation et de contrôle financiers; et à négocier des accords de libre-échange avec les principaux partenaires commerciaux. L’outil budgétaire a également été utilisé à bon escient au service de la compétitivité. Les autorités ont réduit le taux d’imposition des entreprises et offert des incitations fiscales aux nouveaux secteurs porteurs (dont l’industrie pharmaceutique). En outre, les entreprises privées se sont également restructurées, en rehaussant la qualité de leurs produits, en relocalisant certaines de leurs activités dans des pays à faibles coûts et, de manière plus générale, en investissant dans l’ensemble de la région asiatique et en s’implantant sur de nouveaux marché dans le souci de se diversifier.

Entretenir la dynamique

En 2005, l’économie a enregistré un solide taux de croissance de 6,4 % en glissement annuel. La croissance de la demande intérieure a fléchi, mais la demande extérieure s’est renforcée, notamment dans le secteur pharmaceutique, dans le forage pétrolier et, vers la fin de l’année, dans l’électronique. Malgré une certaine modération au premier trimestre 2006 (voir graphique, page 173) le taux de croissance (annualisé en glissement trimestriel) a été de 6,8 %.

À court terme, les perspectives sont favorables. La croissance devrait rester vigoureuse en 2006—aux alentours de 5½ % à 6 % —, la demande intérieure, et notamment l’investissement, devant contribuer davantage à l’activité économique. Dans l’ensemble, les facteurs de risque sont globalement en équilibre. D’une part, l’investissement pourrait s’intensifier si les entreprises décidaient de délester plus rapidement leur épargne dans une conjoncture économique favorable et une augmentation plus forte de la demande mondiale de TI pourrait alimenter davantage la croissance. D’autre part, le renchérissement du pétrole pourrait entraîner une diminution des revenus disponibles et, partant, des dépenses; la correction des déséquilibres mondiaux pourrait être désordonnée au risque de ralentir sérieusement l’activité, du fait de l’ouverture de l’économie singapourienne; et enfin, subsiste le risque d’attaques terroristes ou d’une pandémie de grippe aviaire, qui pourrait avoir un effet dissuasif sur les investisseurs.

Une fois surmonté le choc du SRAS, en avril 2004, la MAS a commencé à resserrer la politique monétaire en visant une appréciation graduelle du TWI. Comme la capacité de production inutilisée reste limitée, cette orientation demeure valide. Avec la persistance de tensions sur le marché du travail et les perspectives de montée des salaires réels, et vu le renchérissement du pétrole, les pressions inflationnistes risquent de s’accentuer. Bien que les taux d’intérêt à court terme aient augmenté durant ces derniers mois, et que la MAS ait laissé le TWI s’apprécier, il faudra peut-être alors envisager un autre durcissement de la politique monétaire. En tout état de cause, les autorités doivent être prêtes à se prévaloir pleinement de la souplesse que leur confère le cadre monétaire et, le cas échéant, à ajuster le taux de change pour sauvegarder l’objectif de la politique monétaire.

Surmonter les chocs

Grâce à une politique macroéconomique de soutien et à des réformes structurelles efficaces, Singapour a surmonté une série de chocs et résisté à l’intensification de la concurrence régionale.

(pourcentage)

Citation: 35, 11; 10.5089/9781451976526.023.A007

Note : ASEAN-4 = Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Source : FMI, base de données APDCORE; estimations des services du FMI.

L’intensification de la concurrence … continuera de mettre à rude épreuve l’économie singapourienne, aussi les autorités devrontelles maintenir le cap des réformes structurelles.

La politique budgétaire, quant à elle, est expansionniste. Le budget de l’exercice 2006–07 prévoit un accroissement des dépenses sociales conformément à la stratégie gouvernementale d’aide ciblée aux ménages défavorisés et aux travailleurs non qualifiés. En vertu de cette stratégie, les autorités entendent réaliser d’importants transferts sous condition de ressources en faveur des ménages, offrir des compléments de revenu aux bas salaires et apporter une aide face au renchérissement des soins de santé et des services publics. Le budget contient également des mesures destinées à rehausser et restructurer davantage l’appareil économique, notamment en investissant dans la recherche et le développement. Les considérables ressources budgétaires offrent une vaste marge de manœuvre en ce sens, et contribueront (certes de façon marginale) à réduire les déséquilibres mondiaux. L’orientation expansionniste des finances publiques contribue toutefois à accroître les pressions de la demande et rappelle que la politique monétaire doit rester vigilante pour préserver la stabilité des prix.

Une croissance dynamique

La vigueur de la demande extérieure a dopé la croissance économique en 2005 et au début de 2006, bien que celle-ci ait fléchi récemment.

(pourcentage)

Citation: 35, 11; 10.5089/9781451976526.023.A007

Note : Les données trimestrielles annualisées montrent ce que serait le taux annuel de croissance si le taux trimestriel se maintenait pendant 1 an. Il s’agit d’un bon indicateur de l’essor économique en cours.

Sources: FMI, base de données APDCORE; estimations des services du FMI.

Soutenir l’expansion économique

L’intensification de la concurrence régionale, et de manière plus générale de la mondialisation, continuera de mettre à rude épreuve l’économie singapourienne; aussi les autorités devrontelles maintenir le cap des réformes structurelles. Ce faisant, elles devront également accorder l’attention voulue aux programmes sociaux ciblés et à l’augmentation des revenus des retraités.

Pour lever ces défis, au début de 2003 un Comité de revue économique a recommandé un certain nombre de mesures destinées à renforcer la compétitivité, à promouvoir l’esprit d’entreprise et à diversifier l’économie. Le Comité à notamment proposé que Singapour mise plus sur la fiscalité indirecte que sur la fiscalité directe, encourage la croissance du secteur des services, engage une réforme de l’épargne obligatoire du fonds central de prévoyance (Central Providence Fund), opère un désengagement des entreprises publiques non stratégiques, encourage un plus grand assouplissement du marché du travail, et renforce les programmes de formation professionnelle. Le gouvernement a déjà mis en œuvre plusieurs de ces recommandations.

Dernièrement, les autorités ont annoncé d’autres plans visant à renforcer le secteur de la transformation grâce à la promotion de chaînes d’offre intégrées, au développement de nouveaux secteurs porteurs, à une meilleure éducation et formation, et à de plus gros investissements dans la recherche et le développement. Cela étant, elles devraient par ailleurs envisager de se désengager plus rapidement des entreprises non stratégiques de manière à promouvoir l’initiative privée.

Les considérables ressources budgétaires dont dispose le pays continuent d’offrir la marge de manœuvre nécessaire pour mener à bien des programmes sociaux ciblés en faveur des ménages à faible revenu. Ces programmes pourraient être conçus de manière à renforcer le dispositif de protection sociale sans créer de distorsions sur le marché du travail, et ils pourraient encourager la consommation privée en réduisant la nécessité d’une épargne de précaution. La restructuration du Central Provident Fund, en accordant notamment plus de souplesse et en envisageant des options de rémunération des risques, pourrait permettre d’accroître les revenus, et donc la consommation, des retraités ou de réduire l’épargne nécessaire dans la perspective de la retraite.

Leif Lybecker Eskesen

FMI, Département Asie et Pacifique

Des exemplaires de l’étude 06/150, intitulée Singapore: 2005 Article IV Consultation–Staff Report, sont disponibles au prix de 15 $ auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 176. Le texte intégral peut également être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

Cause de l’inflation au Pakistan : la monnaie ou le blé?

L’inflation a rapidement augmenté au Pakistan en 2004 et est restée élevée en 2005. Deux causes différentes sont invoquées : la hausse des subventions du blé et la croissance de la masse monétaire. D’après un récent document de travail du FMI qui analyse l’incidence de ces deux facteurs, il y a tout lieu de penser que c’est la politique monétaire qui a une influence décisive.

Après la crise financière que le Pakistan a traversée en 1998–99, l’inflation est tombée en dessous de 5 % par an et est demeurée à ce niveau jusqu’à la fin de 2003. Cette faible inflation s’explique par une politique monétaire rigoureuse, alliée au rééquilibrage des finances publiques (graphique ci-contre). Cependant, à prtir de 2002, la croissance de la masse monétaire s’est accélérée et, avec un décalage d’un an, l’inflation a nettement augmenté vers la fin de 2003 et en 2004. Cette accélération a aussi coïncidé avec deux relèvements du prix intérieur subventionné du blé—prix minimum auquel l’État achète le blé (graphique ci-dessous).

Quel est le coupable? Est-ce que les contraintes de l’offre (ou les prix réglementés) majorent les prix de certains biens, et, par ricochet, affectent le niveau général des prix et l’inflation? L’étude a porté sur la contribution des facteurs suivants : croissance monétaire (mesurée par la monnaie au sens large ou le crédit au secteur privé), croissance du PIB réel, taux d’intérêt, variations du taux de change et hausse du prix de soutien du blé.

Il en ressort que ce sont les facteurs monétaires qui agissent principalement sur l’inflation au Pakistan. Ces facteurs, notamment le crédit au secteur privé, affectent l’inflation avec un décalage d’environ un an. De plus, les hausses du prix de soutien du blé influent à court terme sur l’inflation. Sur le moyen terme, donc, le prix du blé ne peut avoir un effet sur l’inflation que si la politique monétaire l’autorise.

Le prix du blé

Les hausses récentes du prix de soutien du blé coïncident avec une remontée de l’inflation.

Citation: 35, 11; 10.5089/9781451976526.023.A007

Sources: autorités pakistanaises et calculs des services du FMI.

Moteurs de l’inflation

La croissance de la monnaie au sens large et du crédit précèdent l’inflation de 12 mois.

(Croissance annuelle moyenne en pourcentage)

Citation: 35, 11; 10.5089/9781451976526.023.A007

Sources: autorités pakistanaises et calculs des services du FMI.

Pour valider ces résultats, les effets des relèvements du prix du blé en 1999, 2003 et 2004 ont été analysés. Lorsque ce prix de soutien a été relevé en 1999, la croissance monétaire était atone et l’inflation est restée faible. Le Pakistan a connu au milieu de l’année suivante une légère hausse de l’inflation globale, due à l’augmentation des prix des produits non alimentaires, mais cela donne à penser que le prix de soutien du blé n’a guère ou pas du tout influé sur l’inflation globale. Par contre, lorsque le prix du blé a été relevé en 2003 et 2004, la masse monétaire était en pleine expansion, ce qui a déclenché une hausse des prix des produits non alimentaires. Ceux des produits alimentaires ont encore plus augmenté, ce qui peut être dû à l’impact du relèvement du prix de soutien du blé. Et, compte tenu de la politique monétaire accommodante, l’inflation alimentaire a pu influer par ricochet sur l’inflation non alimentaire.

Quelle importance pour le Pakistan? L’objectif primordial de la Banque d’État du Pakistan doit être la stabilité des prix. Une inflation élevée et persistante équivaut à un impôt régressif qui frappe les plus pauvres. Il est aussi prouvé qu’au-delà d’un certain seuil, l’inflation freine la croissance et le développement du secteur financier. On estime qu’au Pakistan, ce seuil se situe entre 3 % et 6 %. Le ciblage à moyen terme de l’inflation à 5 % est donc approprié. Pour l’avenir, la politique monétaire devra viser essentiellement à maintenir l’inflation près de cet objectif.

Mohsin Khan et Axel Schimmelpfennnig

FMI, Département Moyen-Orient et Asie centrale

Le document de travail n° 06/60, intitulé «Inflation in Pakistan : Money or Wheat?» peut être obtenu auprès du service des publications du FMI au prix de 15 dollars l’unité. Pour commander, voir instructions page 176. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

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