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Études: Le VIH/sida aggrave l’inégalité des revenus

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
July 2006
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Le développement économique s’accompagne en principe de progrès généralisés sur le plan sanitaire: la hausse des revenus peut aider à rehausser la qualité des services de santé, et l’amélioration de la nutrition se traduit par une meilleure santé physique et une productivité accrue. Or, selon une nouvelle étude du FMI sur les conséquences de la pandémie de VIH/sida dans quatre pays d’Afrique subsaharienne, les ménages ne sont pas tous égaux devant cette affection, qui influe profondément sur la pauvreté et les inégalités.

Pour comprendre les retombées économiques d’une crise sanitaire comme la pandémie de VIH/sida et les difficultés qu’elle pose aux pouvoirs publics, il faut en considérer, outre les conséquences macroéconomiques et budgétaires, les effets microéconomiques. Non seulement la hausse de la morbidité ou de la mortalité nuit directement à la qualité de vie, mais elle précarise les conditions de vie matérielles en raison des dépenses médicales, du manque à gagner et de la baisse du taux de scolarisation.

Manque à gagner

À l’aide de données tirées d’enquêtes sur les revenus des ménages et d’études démographiques et sanitaires, les auteurs ont simulé les effets du VIH/sida sur la pauvreté et les inégalités au Ghana, au Kenya, au Swaziland et en Zambie. Le VIH/sida touchant plutôt la population en âge de travailler, ce sont surtout les soutiens de famille qui disparaissent (voir premier tableau). En même temps, le décès de personnes économiquement actives crée de nouvelles possibilités d’emploi pour les autres; si certains ménages perdent des membres (et des sources de revenu), cela peut être bénéfique à d’autres, qui trouvent alors du travail.

Mortalité et espérance de vieLe VIH/sida touche surtout la population en âge de travailler et réduit l’espérance de vie.
IndicateurGhanaKenyaSwazilandZambie
Prévalence du VIH, 15–49 ans, fin 20052,36,133,417,0
Taux brut de mortalité, 20051,11,62,72,3
dû au sida0,10,51,60,8
Espérance de vie à la naissance, 1985–9056595749
Espérance de vie à la naissance, 2000–0557473337
Note: Taux de prévalence du VIH et taux brut de mortalité exprimés en pourcentage; espérance de vie exprimée en années.Sources: ONUSIDA, 2006, Rapport sur l’épidémie mondiale de l’infection à VIH/sida; Division de la population des Nations Unies, 2004, World Population Prospects: The 2004 Revision.
Note: Taux de prévalence du VIH et taux brut de mortalité exprimés en pourcentage; espérance de vie exprimée en années.Sources: ONUSIDA, 2006, Rapport sur l’épidémie mondiale de l’infection à VIH/sida; Division de la population des Nations Unies, 2004, World Population Prospects: The 2004 Revision.
Des effets inégaux sur la pauvretéLe VIH/sida a des effets bien plus prononcés sur la pauvreté au Ghana que dans les trois autres pays.
IndicateurGhanaKenyaSwazilandZambie
(points de pourcentage)
Variation du taux de pauvreté1,62,79,87,0
Variation du coefficient de Gini0,61,85,35,2
(estimations normalisées1)
Variation du taux de pauvreté3,82,01,62,2
Variation du coefficient de Gini1,51,40,81,7

Estimations proportionnelles (hypothèse d’un taux de prévalence de 5 %.

Source: calculs des auteurs.

Estimations proportionnelles (hypothèse d’un taux de prévalence de 5 %.

Source: calculs des auteurs.

Même si le VIH/sida n’a qu’un effet assez faible sur le PIB par habitant, les auteurs constatent qu’il peut influer grandement sur la pauvreté, et ce pour deux raisons principales. D’abord, l’augmentation de la mortalité amplifie le mouvement (à la hausse comme à la baisse) des revenus; globalement, les inégalités s’en trouvent aggravées. Ensuite, comme le VIH/sida atteint surtout les ménages au bord de la pauvreté, il influe bien plus sur la pauvreté qu’un changement éventuel du revenu moyen par habitant.

Les conclusions de l’étude montrent qu’il importe de prendre en considération la dimension socioéconomique de l’épidémie. Ainsi, abstraction faite du taux de prévalence du VIH, l’impact de l’affection sur le taux de pauvreté semble beaucoup plus prononcé au Ghana que dans les autres pays étudiés, ce qui tient à la fois au fait qu’une plus forte proportion de Ghanéens vivent au seuil de la pauvreté et que la prévalence du VIH est bien plus élevée dans cette tranche de la population (voir deuxième tableau).

Il ressort de l’étude que, le VIH/sida ayant des effets très inégaux selon les ménages, l’épidémie influe profondément sur la pauvreté et les inégalités. Une évaluation macroéconomique globale des effets du VIH/sida (ou de toute autre crise sanitaire) fondée sur le PIB par habitant, masque ces aspects et ne permet donc pas d’appréhender l’impact sur le bien-être.

Markus Haacker FMI,

Département Afrique

Cet article est fondé sur le document de travail n° 06/126, «HIV/AIDS: The Impact on Poverty and Inequality», de Gonzalo Salinas et Markus Haacker. Ce document est en vente au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI; Pour commander, voir instructions page 192. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site du FMI (www.imf.org).

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