FMI Bulletin Vol.35, No.17 Septembre 2006

Article

Régions: Zone euro: intensifier les réformes pour soutenir la reprise

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2006
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Une reprise vigoureuse est enfin à l’œuvre dans la zone euro. Mais la croissance anémique de la productivité et le faible taux d’emploi augurent mal de la capacité de l’Europe à relever le défi du vieillissement de la population. Seul un effort concerté de réforme, visant expressément à redynamiser la productivité en panne, ouvrira durablement la voie à une croissance plus vive dans la zone euro.

Après plusieurs faux départs, la reprise tant attendue dans la zone euro est enfin là (voir graphique, cette page). La croissance du PIB réel devrait avoisiner 2½ % cette année et pourrait même être plus forte. Mais cette bonne nouvelle est tempérée par de médiocres perspectives sur le marché du travail et une croissance de la productivité encore terne, ce qui pourrait freiner la demande interne. De plus, les risques pesant sur la croissance — ralentissement de la demande mondiale, déséquilibres mondiaux persistants et potentiel concomitant d’appréciation de l’euro, maintien des prix élevés du pétrole et aversion au risque sur les marchés du capitaux — s’accentueront en 2007.

L’expansion en cours a des incidences sur la politique monétaire. L’obstination de l’inflation globale à se maintenir au-dessus de l’objectif d’inflation que s’est fixé la Banque centrale européenne (BCE) — «proche de 2 %, mais inférieur à ce seuil» — a incité celle-ci, et c’est compréhensible, à relever ses taux d’intérêt officiels après les avoir laissés inchangés pendant deux ans et demi. Le taux directeur de la BCE est aujourd’hui à 3 % et les marchés anticipent une nouvelle hausse de 50 points de base avant la fin de l’année. Les prévisions tablant sur le maintien d’une inflation globale supérieure à l’objectif, un nouveau resserrement sera sans doute nécessaire si l’expansion se poursuit comme prévu. Une certaine prudence s’impose toutefois compte tenu des risques qui pèsent sur la croissance et de la bonne maîtrise des pressions inflationnistes sous-jacentes.

Amorce d’une reprise

Après avoir été à la traîne des États-Unis pendant des années, la zone euro amorce enfin une reprise.

(variation en pourcentage d’un trimestre sur l’autre, annualisée)

Citation: 35, 22; 10.5089/9781451976793.023.A010

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2006.

Les perspectives à long terme restent incertaines

Au-delà de l’expansion conjoncturelle en cours, la zone euro reste confrontée à un problème de croissance à long terme. La croissance molle, qui trouve son origine dans des gains de productivité poussifs et un taux d’emploi insuffisant, menacée en outre par le choc démographique imminent, laisse peu de marge au rattrapage des niveaux de vie aux États-Unis. Certes, la croissance de l’emploi est relativement forte depuis dix ans et comparable à celle observée aux États-Unis (et même supérieure dans le secteur privé), mais les gains de productivité ont brutalement ralenti tandis qu’ils ont bondi aux États-Unis au début de cette décennie (voir graphique, page suivante).

Pourquoi cette croissance terne de la productivité? Si la réussite de l’Europe en matière de modération salariale et de réformes stimulant la production à forte intensité de main-d’œuvre a indéniablement contribué au phénomène, les coûts élevés de rotation du personnel et l’absence de concurrence sur les marchés de produits et de services n’y sont pas non plus étrangers. De récentes recherches concluent à une corrélation positive de la déréglementation avec la croissance de la productivité. Cette corrélation est particulièrement évidente dans les télécommunications et le transport, deux secteurs ayant déjà fait l’objet d’une certaine libéralisation; mais la déréglementation est encore à la traîne dans les autres secteurs, notamment le commerce de gros et de détail et le secteur financier.

Stratégie de croissance

La zone euro a besoin de stimuler la productivité et l’emploi. Mais par où commencer? Les recherches du FMI indiquent qu’un rééquilibrage des finances publiques, associé à une plus grande flexibilité du marché du travail et de celui des produits permettrait de convertir la modération salariale en emplois et non plus en rentes (profits captés par les professionnels du fait de l’absence de concurrence).

Globalement, les programmes nationaux de réformes basés sur un Agenda de Lisbonne rajeuni (la feuille de route de l’Union européenne (UE) pour améliorer la compétitivité) offrent de nouveaux espoirs de réforme structurelle, mais les pays continuent d’éviter les décisions difficiles — en particulier celles qui pourraient être les plus fructueuses. Ils ont, par exemple, privilégié les politiques actives du marché du travail et la baisse des charges salariales aux dépens de la réforme de la législation de la protection de l’emploi, beaucoup plus controversée. De même, ils ont été bien plus enclins à accroître les budgets de recherche et de développement qu’à s’attaquer aux obstacles à des marchés plus ouverts et plus concurrentiels.

Faire plus de place à la concurrence

La réforme du secteur des services, où les rentes (découlant du manque de concurrence) restent omniprésentes, devrait être une priorité. En effet, alors que les services représentent environ deux tiers du PIB de l’UE, moins de 8 % font aujourd’hui l’objet de prestations transfrontalières. Après de nombreuses controverses, une nouvelle directive des services (établie par la Commission européenne pour libéraliser le commerce des services et validée par les États membres) a été finalement adoptée. Cette directive est un début prometteur en dépit de l’abandon du principe du pays d’origine, qui aurait autorisé un prestataire de services respectant les règles de son pays d’origine à travailler dans un autre pays sans avoir à en appliquer les règles, et de l’exclusion des services fournis par les architectes, les avocats, les notaires et d’autres professions.

Près de la moitié de la différence de productivité entre les pays émergents et les États-Unis est attribuable au secteur des services financiers.

Compte tenu de l’imminence d’un rapide vieillissement de la population en Europe, l’assainissement des finances publiques est plus important que jamais. De récentes estimations indiquent que les dépenses publiques augmenteront de 3¼ % du PIB jusqu’en 2025, et ce chiffre pourrait même être un peu bas. Les pays feraient donc bien de viser l’équilibre structurel de leur budget d’ici 2010. Réformé en 2005, le Pacte de stabilité et de croissance retrouve un peu d’influence sur les politiques budgétaires nationales, mais l’Europe doit encore vaincre la tentation d’assouplir la politique budgétaire en phase d’expansion. De meilleurs mécanismes de gouvernance pourraient être utiles en la matière, tels des commissions budgétaires indépendantes qui surveillent les évolutions sur l’ordre des parlements nationaux et dispensent des conseils non partisans.

Les meilleures pratiques doivent prévaloir

Une réduction progressive des barrières résiduelles à l’intégration du secteur des services financiers pourrait favoriser des gains de productivité. On estime en effet que près de la moitié de l’écart de croissance de la productivité entre la zone euro et les États-Unis est attribuable à ce secteur.

Privilégier la croissance de la productivité

Dans la zone euro, la croissance de la productivité, mesurée par la productivité totale des facteurs, est encore inférieure à celle observée aux États-Unis.

(pourcentage)

Citation: 35, 22; 10.5089/9781451976793.023.A010

1 Zone euro: Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal.

Source: Rapport des services du FMI sur les économies nationales n° 06/287, Zone euro: consultations de 2006 au titre de l’article IV.

Si le Plan d’action de l’UE sur les services financiers a permis de réaliser des avancées en matière d’intégration, de nombreux facteurs freinent encore le développement de marchés de capitaux paneuropéens — systèmes de paiement, de compensation et de règlement hétérogènes, divergences des procédures fiscales, des règles de protection des consommateurs et des législations sur les contrats. Trop souvent, des intérêts catégoriels ont réussi à s’emparer des initiatives législatives et à transformer l’intégration en un collage de pratiques nationales aux dépens des meilleures pratiques.

La fragmentation du cadre de surveillance est de moins en moins adaptée à l’évolution du risque financier. Les problèmes de coordination entre les autorités de tutelle des pays d’origine et des pays d’accueil sont exacerbés par la diversité des législations, des réglementations et des incitations, ce qui complique la détection suffisamment précoce des risques et le choix des meilleures mesures correctives.

Les dernières mesures engagées pour améliorer la supervision du secteur financier méritent d’être soutenues et doivent être rapidement mises en œuvre. L’Europe devrait d’abord s’efforcer d’améliorer les flux d’information entre les autorités de tutelle, notamment en établissant une plateforme centrale disposant d’informations à jour sur les institutions financières ayant une importance systémique. Cette plateforme pourrait aussi servir de centre de coordination en cas de crise. Plus fondamentalement, le report des décisions politiques sur des questions cruciales, telles la nature et la taille des plans de sauvetage financier après une crise, continue de ralentir l’intégration.

Les données économiques de la zone euro laissent à penser que celle-ci a franchi le cap. Mais une action dans des domaines allant de la politique budgétaire à la législation du marché du travail et à l’intégration des secteurs financiers est indispensable pour pérenniser la reprise. De réelles réformes dans les secteurs des produits et des services — notamment le crucial secteur financier — insuffleraient une nouvelle énergie à la zone euro, ce qui lui donnerait une chance de rattraper le niveau de vie des États-Unis.

Anthony Annett

FMI, Département Europe

Cet article s’inspire du rapport du FMI no 06/287, Euro Area: 2006 Article IV Consultation. Il est disponible au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir page 272. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

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