FMI Bulletin Vol.35, No.17 Septembre 2006

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Des marchés de capitaux solides, mais gare aux risques

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2006
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Le système financier mondial devrait bénéficier de la croissance continue et de la maîtrise de l’inflation au cours des prochains mois, mais il serait également confronté à des risques de dégradation, d’après le nouveau Rapport du FMI sur la stabilité financière dans le monde. Ce rapport semestriel prévient que la hausse de l’inflation, l’austérité monétaire, l’envolée des cours du pétrole, le repli plus net du marché du logement aux États-Unis, ou un dénouement désordonné des déséquilibres mondiaux pourraient entraîner des corrections sur le marché. Les caractéristiques du marché — «secteurs saturés», illiquidité des marchés secondaires de certains produits de crédit structuré — pourraient amplifier un ralentissement. Le rapport souligne aussi l’essor rapide du crédit aux ménages sur bien des marchés émergents et note que les bilans des ménages et des banques pourraient en pâtir, surtout en l’absence d’une bonne gestion du risque et d’une infrastructure prudentielle.

Les prix ont fléchi et la volatilité a grimpé sur les marchés financiers mondiaux en mai et juin, et la correction du marché a été éphémère. Les investisseurs ont semblé réajuster leurs positions de risque pour parer au resserrement monétaire, au lieu de réévaluer les fondamentaux économiques.

L’économie mondiale et les marchés financiers internationaux se portent bien depuis quelques années, grâce notamment à la faiblesse des taux d’intérêt dans les grands pays. Dans bien des pays, les entreprises et les institutions financières, qui affichent des bilans solides et d’imposants actifs liquides, ont été assez rentables. Nombre de pays émergents ont amélioré leur position budgétaire, accumulé des réserves et renforcé la structure de la dette publique.

Faire face aux risques de dégradation de la situation

Selon le rapport, la turbulence récente vient à point nommé pour rappeler aux décideurs de renforcer la politique macroéconomique et poursuivre les réformes structurelles pour réduire les vulnérabilités. Dans la même veine, les acteurs du marché doivent intensifier leurs efforts de gestion du risque et les organismes de surveillance financière doivent améliorer les infrastructures de marché pour circonscrire les corrections. Les pays émergents tributaires des concours extérieurs doivent réduire les vulnérabilités et appliquer des réformes visant à soutenir la croissance actuelle.

Décideurs, acteurs du marché et organismes de tutelle doivent donc redoubler de vigilance. Le rapport évalue les risques éventuels:

Ralentissement de la croissance. Bien que l’on prévoie une croissance mondiale soutenue, la situation peut se dégrader, et une croissance inférieure aux prévisions peut avoir un impact négatif sur les marchés financiers. En particulier, la décélération rapide des prix du logement peut accroître la charge financière des ménages très endettés dans bien des pays, réduisant la consommation privée et pesant sur les marchés des actifs.

Taux d’intérêt et primes de risque. La croissance mondiale forte et soutenue a absorbé l’excédent de capacité et accru les pressions inflationnistes, avec une légère hausse de l’inflation aux États-Unis et en Europe. La persistance à relever les taux directeurs pour contrer ces pressions — si elles s’intensifient — pourrait accroître les risques de dégradation (voir graphique, cette page). Ces dernières années, les attentes d’inflation se sont maintenues dans une marge étroite et, malgré la hausse des attentes d’inflation à long terme aux États-Unis, les primes à terme n’ont pas augmenté. Mais si les primes de risque de l’inflation future augmentent, les marchés des actifs pourraient connaître des tensions. Des chocs affectant l’offre et des tensions géopolitiques pourraient dissuader les investisseurs frileux, relevant les primes de risque et minant la confiance des entreprises et des consommateurs. Attribuables à l’instabilité, les écarts de rendement sur les obligations souveraines et des entreprises pourraient se creuser. La réévaluation du risque de crédit pourrait être amplifiée par l’illiquidité des marchés secondaires de certains produits structurés, devenus populaires et utiles dans la dispersion du risque de crédit. Les pratiques de gestion du risque dans les salles des opérations des banques et les fonds spéculatifs devraient être suivis de près, affirme le rapport.

Ajustement désordonné du dollar. Le marché estime que tout ajustement du dollar sera probablement limité et ordonné. À en juger par les taux de change bilatéraux à terme, le taux effectif réel du dollar restera assez stable, les monnaies asiatiques s’apprécieront à moyen terme et les autres monnaies s’affaibliront. L’ajustement graduel et ordonné dépendra d’un cadrage économique crédible pour résorber les déséquilibres mondiaux à moyen terme. Selon le rapport, bien que la profondeur, la liquidité et l’ampleur des marchés financiers américains aient beaucoup contribué à attirer des capitaux et à financer les déséquilibres, cet atout pourrait diminuer au fil du temps avec la hausse des actifs américains détenus à l’étranger et le développement continu des marchés mondiaux. En même temps, il existe une tendance générale à la libéralisation des sorties de capitaux privés et à la diversification des réserves officielles, surtout en Asie, qui devrait permettre de lisser l’ajustement.

Raréfaction des liquidités

À en juger par les périodes d’austérité antérieures, l’instabilité pourrait s’accroître avec la baisse des liquidités.

(pourcentage)

1 Y compris la base monétaire des États-Unis et les avoirs extérieurs officiels à la Banque fédérale de réserve de New York, projetés sur 12 mois.

2 L’indice VIX est une mesure de la volatilité implicite des options sur indice boursier. Exprimé en point de pourcentage, il représente les attentes du marché concernant la volatilité sur les 30 prochains jours, sur une base annuelle.

Sources: Bloomberg L.P. et estimations des services du FMI.

Points de pression sur les marchés émergents. Les flux de capitaux privés — investissements directs étrangers compris — vers les marchés émergents ont conservé leur vigueur au premier semestre de 2006 malgré la turbulence récente. Selon le rapport, les flux de capitaux persisteront dans les prochains mois, mais leur composition a changé du fait de l’essor du crédit et de la hausse connexe des déficits courants dans plusieurs pays. Ainsi, la dette du secteur privé a augmenté et celle du secteur public a diminué.

Forte expansion du crédit aux ménages

Dans bien des pays émergents, le crédit aux ménages connaît un vif essor, mais à partir d’un niveau faible. Cet essor est surtout bénéfique: le meilleur accès au crédit stabilise la consommation des ménages, accroît les possibilités d’investissement, allège les contraintes des PME et diversifie les actifs des ménages et du secteur financier. Mais en cas de déficience de la gestion du risque et de l’infrastructure prudentielle, l’envolée du crédit peut affaiblir le bilan des ménages, suscitant des bulles des prix des actifs et fragilisant les systèmes financiers.

D’après le rapport, le crédit aux ménages dans les pays émergents présente plusieurs caractéristiques:

Rattrapage

L’amélioration du crédit bancaire et la restructuration des portefeuilles d’actifs ont stimulé l’essor du crédit aux ménages dans les pays émergents.

Note: Les pays encerclés sont: Argentine, Brésil, Chine, Colombie, Inde, Indonésie, Pérou, Philippines, Roumanie, Russie, Turquie et Venezuela.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale (septembre 2006); calculs des services du FMI; CEIC.

Niveau et taux de croissance. Le ratio moyen du crédit aux ménages rapporté au PIB est d’environ 18 %, avec de fortes disparités entre les pays (voir graphique, ci-dessous). La croissance du crédit a été encouragée par la restructuration des portefeuilles d’actifs et des modèles de gestion des banques au lendemain des crises financières de la fin des années 90. Dans plusieurs pays d’Asie et Amérique latine, les banques ont privilégié le crédit aux ménages par rapport au crédit aux entreprises.

Composition et structure. La proportion moyenne des prêts hypothécaires dans le crédit total aux ménages est plus faible sur les marchés émergents que sur les marchés établis, reflétant le niveau élevé et la volatilité des taux d’intérêt ainsi que des obstacles comme la déficience du cadre juridique d’exécution des hypothèques. Le crédit à la consommation est souvent accordé à taux fixes, alors que le crédit au logement est assorti de taux fixes ou variables. Bien que les prêts hypothécaires à long terme soient de plus en plus courants, la tradition des prêts à court terme persiste dans bien des pays malgré les attentes d’inflation modérée.

Fournisseurs. Les banques sont les principaux fournisseurs de crédit aux ménages. Les banques étrangères contribuent largement à l’essor de ce type de crédit, mais, face à certaines restrictions, elles se concentrent sur le marché des cartes de crédit et des prêts aux particuliers. Les établissements publics de crédit (immobilier notamment) sont de plus en plus en concurrence avec les banques commerciales. Dans bien des pays, les sociétés financières non bancaires et, parfois, le secteur du crédit informel, mettent souvent des ressources à la disposition des ménages.

Des politiques saines pour réduire les risques

Dans les économies émergentes, le crédit aux ménages a grimpé à un moment où les taux d’intérêt étaient faibles sur les marchés établis et en baisse sur les marchés émergents. Si ces tendances s’inversent, la précarité des bilans des ménages peut miner les secteurs financiers, réduire le prix du logement et freiner les dépenses de consommation. Un crédit hypothécaire excessif peut aussi accroître la vulnérabilité sous-jacente des marchés hypothécaires aux cycles d’expansion et de récession et aux mouvements cycliques dans le système bancaire. Les décideurs peuvent minimiser les risques liés à l’essor rapide du crédit en assainissant l’environnement macroéconomique, en appliquant des règles prudentielles appropriées et en améliorant les capacités d’évaluation des vulnérabilités. Il est également crucial d’améliorer la disponibilité des données, notamment sur l’accumulation du risque de crédit et de change dans les portefeuilles de prêts des ménages, à tous les niveaux.

Ina Kota

FMI, Département des relations extérieures

Des exemplaires de l’édition de septembre 2006 de Global Financial Stability Report sont disponibles au prix de 54 dollars (51 dollars pour les enseignants et étudiants) auprès du Service des publications du FMI. Le texte intégral du rapport peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

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