FMI Bulletin Vol.35, No.17 Septembre 2006

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Le boom des produits primaires sera-t-il durable?

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
September 2006
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Les causes et la durabilité de la récente envolée des cours de nombreux produits primaires ont suscité des interrogations auxquelles le chapitre V de la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale du FMI répond que, en moyenne, les cours vont retomber.

Parmi les produits primaires non combustibles, la progression des cours des métaux a été particulièrement marquée. En juillet 2006, ils se situaient, en valeur réelle, à 180 % au-dessus de leurs niveaux moyens de 2002, éclipsant même les cours pétroliers, dont la hausse en valeur réelle a été de 157 % (graphique). Le boom ne fait aucun doute. Les avis sont, par contre, très partagés sur ses causes.

La rançon de la hausse de la demande

D’après les Perspectives de l’économie mondiale, c’est la croissance rapide de la demande, émanant de la Chine surtout, qui pousse les cours des métaux à la hausse. La demande progresse beaucoup plus vite que la capacité d’expansion de l’offre. La consommation d’aluminium a par exemple augmenté de 7,6 % par an entre 2002 et 2005, contre 3,8 % au cours de la précédente décennie. Étant donné les longs délais de gestation des investissements, les cours de métaux peuvent monter rapidement en réponse à des hausses imprévues de la demande.

Dans quelle mesure la Chine est-elle la force motrice? D’après les Perspectives de l’économie mondiale, elle a contribué pour environ 50 % à l’augmentation de la consommation mondiale nette des principaux métaux (aluminium, cuivre et acier) au cours des quatre dernières années. Cependant, la demande chinoise n’est pas décalée par rapport aux fondamentaux: sa consommation de métaux par habitant est aujourd’hui similaire à celle du Japon et de la Corée durant leur phase initiale de développement. Étant donné son expansion rapide et la place croissante qu’elle occupe dans l’économie mondiale, il faut s’attendre à ce que la Chine demeure une des principales forces motrices sur les marchés des produits primaires.

Les cours des produits alimentaires et des autres produits primaires non combustibles ont réagi de façon beaucoup moins marquée à la vive croissance mondiale. La consommation de produits agricoles a augmenté moins vite que l’utilisation de métaux et le secteur agricole réagit beaucoup plus vite aux mouvements des cours que l’industrie métallurgique.

Il ne semble pas que les investisseurs financiers aient eu une influence majeure sur les mouvements des cours des produits primaires non combustibles. Les investissements spéculatifs sur les marchés à terme ont beaucoup augmenté ces dernières années, mais les investisseurs ont établi à la fois des positions courtes et des positions longues, qui ont eu des effets opposés sur les mouvements des cours.

Il n’y a guère d’indications statistiques d’une corrélation entre les variations des positions spéculatives nettes et celles des cours au comptant. Globalement, les investisseurs semblent suivre les tendances des cours et non les créer. Il est intéressant de noter que les positions spéculatives nettes sur le marché du cuivre ont diminué durant l’envolée des cours qui s’est produite plus tôt cette année.

Grandeur et décadence

Les cours des métaux ont flambé récemment, mais ils devraient reperdre du terrain au cours des prochaines années.

(2002 = 100)

Citation: 35, 22; 10.5089/9781451976793.023.A008

Note: Données mensuelles en termes nominaux.

1 Moyenne pondérée des cours de l’aluminium, du cuivre, du plomb, du nickel, de l’étain et du zinc.

Sources: Barclays Capital; Bloomberg Financial Markets, LP; FMI, base de données du Commodity Price System et calculs des services du FMI.

Perspectives

Pour l’avenir, il paraît peu probable que les cours des métaux se maintiennent à leurs niveaux actuels. Ils sont au-dessus de leurs niveaux tenables selon divers scénarios de croissance mondiale, d’augmentation des capacités de production et de réactivité de l’offre et de la demande aux prix. D’après le scénario de référence, il est à prévoir que les cours de l’aluminium et du cuivre diminueront en valeur réelle de 35 % et 57 %, respectivement, d’ici 2010.

Historiquement, les cours des métaux tendent à se rapprocher des coûts de production sur le moyen terme, or les cours sont actuellement très au-dessus de ces coûts de production. Les ratios prix du marché/coût de production se situent entre 1½ et 2¾ pour les principaux métaux. Les marchés à terme laissent aussi entrevoir une baisse graduelle des cours de la plupart des métaux durant les cinq prochaines années.

S’agissant des produits alimentaires et des autres produits agricoles, les cours réels vont sans doute suivre la tendance longue à la baisse, car les progrès technologiques continus compensent l’augmentation du coût des intrants. Les cours des produits étroitement liés à l’énergie, tels que le sucre et le maïs (du fait de la production d’éthanol pour les véhicules polycarburants) ou le caoutchouc naturel pourraient évoluer différemment.

Étant donné que le boom actuel des cours des produits primaires non combustibles a un caractère passager, il est essentiel pour leur prospérité à long terme que les décideurs des pays exportateurs veillent à épargner les revenus exceptionnels actuels ou à les utiliser de manière à promouvoir la croissance future des autres secteurs.

Martin Sommer

FMI, Département des études

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