Chapter

I. Introduction

Author(s):
Christian Beddies, Marie-Helene Le Manchec, and Bergljot Barkbu
Published Date:
September 2009
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

L’emprunt, qui peut permettre d’atteindre des objectifs sociaux et économiques, a pour conséquence l’endettement. Or, nombre de pays à faible revenu (PFR) ont besoin d’un financement extérieur considérable pour atteindre leurs objectifs de développement et ils ne pourront parvenir à un rythme soutenu de croissance et de développement qu’en investissant davantage dans leurs infrastructures. Le financement par l’emprunt extérieur peut les aider à cet égard en canalisant des ressources vers des projets pour lesquels le taux de rendement de l’investissement ainsi financé suffit au moins à assurer le service de la dette contractée.

L’endettement peut aussi être source de graves difficultés pour un pays: s’il emprunte trop ou si son économie est ébranlée par des chocs, il peut se retrouver incapable de rembourser sa dette et être obligé de modifier sa politique économique et financière, avec toutes les perturbations qui s’ensuivent. Un grand nombre de PFR ont commencé à accumuler une dette excessive à partir des années 70 jusqu’à ce que leur endettement atteigne un niveau record au début des années 90 et anéantisse pour plusieurs années les efforts qu’ils avaient déployés pour parvenir à une croissance robuste et réduire la pauvreté.

Les problèmes d’endettement sont particulièrement difficiles pour les PFR. En effet, ceux-ci sont tributaires de l’emprunt pour financer leur développement et sont exposés aux risques qui en découlent. Ils présentent des caractéristiques macroéconomiques et financières qui peuvent les empêcher de produire suffisamment de recettes pour rembourser leurs dettes. On peut citer, parmi ces caractéristiques, une base de production plus étroite et une structure des exportations moins diversifiée, des marchés financiers moins profonds, la volatilité de l’aide et l’insuffisance de moyens pour mettre en œuvre l’action des pouvoirs publics.

Ces dernières années, beaucoup de PFR ont vu leur endettement diminuer, mais il est probable qu’ils devront recommencer à emprunter pour répondre à leurs besoins de développement, qui sont considérables. La communauté internationale les a aidés à réduire leur endettement en leur accordant des allégements de dette dans le cadre de deux initiatives: l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), adoptée à l’automne 1996 puis améliorée et élargie en 1999, et l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), adoptée en 2005 pour mettre fin à l’énorme surendettement des pays les plus pauvres et fournir des ressources au PFR en vue de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Bien que ces initiatives aient posé les premiers jalons vers un rétablissement de la viabilité de la dette, elles n’ont pas permis d’éviter un réendettement rapide et le retour de difficultés d’endettement.

En même temps, les sources de financement se multiplient pour les PFR, ce qui fait naître de nouveaux risques de difficultés. De nouveaux bailleurs de fonds, tels que le Brésil, la Chine et l’Inde, ont fait leur apparition et développent leurs activités de prêt dans les PFR. Parallèlement, les marchés financiers mondiaux sont friands de nouvelles possibilités d’investissement dans ces pays, surtout en Afrique, et acquièrent des titres de la dette souveraine des PFR, tant intérieure qu’extérieure. En outre, de nombreux gouvernements ont de plus en plus recours à l’emprunt intérieur. Qui plus est, les fonds de capital-investissement et les fonds souverains pourraient jouer un rôle important à l’avenir dans le financement des PFR. Bénéficiant à la fois d’un faible niveau d’endettement et de nouvelles sources de financement, ces pays seront en mesure d’atteindre plus rapidement leurs buts économiques, mais ils devront aussi faire preuve de prudence pour éviter de retomber dans le surendettement.

C’est dans ce contexte que le FMI et la Banque mondiale intensifient leurs efforts pour aider les PFR à atteindre les OMD et leurs autres objectifs de développement tout en évitant de nouvelles difficultés d’endettement. Les deux institutions ont ainsi mis au point un cadre analytique, le cadre de viabilité de la dette (CVD), devant permettre de suivre et d’analyser la viabilité de la dette publique et de la dette extérieure des PFR. Le but est d’aider les décideurs et les autres parties intéressées, notamment les acteurs des marchés financiers, à analyser les conséquences de l’accumulation de nouvelles dettes et à actualiser périodiquement cette analyse.

Le FMI et la Banque mondiale encouragent les gouvernements, les bailleurs de fonds et les créanciers à utiliser autant que possible le CVD pour éviter l’accumulation excessive de dettes. Pour les emprunteurs, les analyses de viabilité de la dette (AVD) doivent former le socle des stratégies d’endettement à moyen terme et des plans de dépenses publiques viables axés sur la réalisation progressive des objectifs de développement du pays. Le CVD peut aussi orienter les décisions des créanciers en matière de prêt. L’association internationale de développement (IDA) utilise le CVD pour déterminer le panachage des prêts et des dons qu’elle accorde aux PFR. D’autres créanciers internationaux de premier plan incorporent aussi des éléments du CVD dans leurs conditions de prêt et un grand nombre des créanciers du Comité d’aide au développement de l’OCDE ont explicitement recours au CVD pour fixer leurs conditions de crédit.

La Section II est consacrée à la définition de ce que recouvre la notion de viabilité de la dette et à l’importance qu’elle revêt. La Section III présente le CVD en expliquant comment il est utilisé pour élaborer une bonne stratégie de prêt et d’emprunt axée sur la maîtrise du risque de surendettement et sur la mobilisation de ressources maximales pour atteindre les OMD. Enfin, la Section IV examine l’utilisation que les gouvernements, les bailleurs de fonds et les créanciers peuvent faire du CVD. La Section V contient les conclusions des auteurs. L’appendice I répond à plusieurs questions fréquemment posées et l’appendice II présente, sous forme d’étude de cas, un exemple d’analyse de viabilité de la dette.

    Other Resources Citing This Publication