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VI. Croissance de l’Afrique subsaharienne: résultats, obstacles et conditions d’une amélioration

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 1999
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Les crises des marchés de capitaux qui se sont propagées récemment à travers le monde n’ont pas épargné les pays d’Afrique subsaharienne, touchés à la fois par les répercussions commerciales de ces turbulences et la baisse des cours des produits de base. Sauf en Afrique du Sud, toutefois, l’onde de choc des crises ne s’est pas fait sentir sur les marchés financiers ou les conditions de financement de ces économies (encadré 2.1). Celles-ci ont donc largement échappé à la contagion des crises financières, ce qu’elles doivent au caractère encore embryonnaire et à la faible intégration internationale de leurs marchés financiers. Cependant, si l’on ne se limite pas à la période récente, il apparaît que ce faible développement des marchés financiers a aussi freiné l’expansion économique de la région. La croissance s’est accélérée au cours de la seconde moitié des années 90, mais les résultats obtenus restent fragiles et, dans la plupart des cas, les taux atteints n’ont pas été assez élevés pour faire reculer sensiblement l’extrême pauvreté. Le présent chapitre analyse pourquoi les performances des pays d’Afrique subsaharienne sont restées décevantes, avant de passer en revue les domaines dans lesquels des réformes s’imposent pour accélérer la croissance et d’expliquer comment l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) peut y contribuer.

Croissance de l’Afrique subsaharienne: les chiffres et leurs liens avec les politiques menées1

La plupart des indicateurs disponibles l’attestent: la croissance de l’Afrique subsaharienne au cours des dernières décennies a été médiocre. Le revenu réel moyen par habitant en 1998 est pratiquement le même, par exemple, qu’en 1970 (graphique 6.1). Cela dit, cette moyenne masque des différences sensibles entre les pays, et reflète en grande partie l’évolution des deux principales économies de la région, l’Afrique du Sud et le Nigèria, qui assuraient à elles deux près de 30 % de la production totale de l’Afrique (à parité de pouvoir d’achat) en 1998. Sur les 47 pays que compte l’Afrique subsaharienne2, les neuf économies où la croissance a été la plus rapide ces trente dernières années ont vu leur revenu réel par habitant augmenter en moyenne de 3,1 % paran. Dans les neuf économies où la croissance a été la plus lente, ce revenu accuse un recul moyen de 2 % par an auquel, toutefois, les conflits armés ou l’instabilité politique ne sont pas toujours étrangers3. Le fait est que l’Afrique subsaharienne affiche des résultats nettement moins brillants que le reste du monde en développement. Ainsi, la région Moyen-Orient et Europe ou l’Amérique latine ont connu une croissance du revenu réel par habitant de 1 % à 2 % par an (en moyenne) sur la période 1970–98 et, en Asie, celle-ci a nettement dépassé—à 4,7% par an—la moyenne mondiale de 2,4%.

Graphique 6.1.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: croissance, investissement et épargne

L’essor de l’épargne et de l’investissement est souvent corrélé à l’accélération de la croissance des différents groupes de pays en développement.

La hausse moyenne du revenu réel par habitant s’est accélérée en Afrique subsaharienne dans la seconde moitié des années 90 pour s’établir à 1,5%. Ce résultat s’explique notamment par l’amélioration des politiques macroéconomiques conduites dans le cadre des programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale4. Dans plusieurs pays, la croissance moyenne du revenu réel par habitant a même dépassé 3 % par an5 sous l’effet, parfois, de circonstances exceptionnelles telles que la fin de conflits armés (Angola, Ethiopie, Mozambique, Rwanda) ou l’exploitation de gisements pétroliers découverts récemment (Guinée équatoriale). Durant la même période, d’autres pays ont vu en revanche leur revenu réel par habitant baisser en moyenne de plus de 1 % par an (il s’agissait le plus souvent de pays plongés dans une guerre civile)6.

Causes de l’insuffisance de la croissance

On observe, depuis une vingtaine d’années, un regain d’intérêt pour l’analyse des causes de la croissance. L’une des hypothèses avancées, celle de la convergence conditionnelle des revenus par habitant, repose sur l’observation que, toutes choses égales par ailleurs, les pays les plus pauvres tendent à enregistrer une croissance plus rapide7. L’application de la méthode traditionnelle des régressions pour analyser la croissance d’un échantillon de pays—à partir du revenu initial par habitant et de variables explicatives telles que le taux d’investissement, le niveau d’éducation ou les grandes orientations de la politique macroéconomique—n’ayant pas permis d’expliquer la croissance médiocre de l’Afrique subsaharienne, l’analyse récente s’est concentrée sur une série de facteurs institutionnels, politiques et sociaux qui forment la trame du présent chapitre. Pour la plupart, ces facteurs sont eux aussi très influencés par la croissance de la production et le stade de développement économique. II est donc difficile d’établir un lien de causalité dans un sens ou dans l’autre. Certains analystes ont aussi avancé l’idée que la croissance de l’Afrique subsaharienne a été entravée par plusieurs facteurs qui échappent au contrôle de ces pays, telles que l’explosion démographique, les mauvaises conditions climatiques, la situation géographique (pour les pays enclavés ou éloignés des principaux marchés), les fluctuations des termes de l’échange ou la virulence de certaines pandémies8.

En règle générale, l’augmentation durable du revenu par habitant passe par l’investissement dans le capital physique et humain et l’amélioration de la productivité totale des facteurs. Or. les études consacrées à la croissance des pays d’Afrique subsaharienne de 1973 à 1994 font apparaître que l’accumulation de capital physique et humain n’a joué qu’un rôle modeste dans la progression du revenu par habitant dans la région et que l’évolution défavorable de la productivité totale des facteurs (-1,3% par an) a. au contraire, très sensiblement freiné cette progression. La croissance s’est donc heurtée à de sérieux obstacles9. L’augmentation de la productivité totale des facteurs peut résulter du progrès technique et des économies d’échelle, mais aussi de l’instauration d’un climat économique plus favorable au secteur privé suite à l’amélioration des politiques macroéconomiques, commerciales et structurelles, mais aussi des infrastructures du secteur public, de ses institutions et de sa «gouvernance». Ces facteurs tendent à compléter l’investissement dans le capital physique et humain et à le rendre plus productif.

Pénurie de capital physique et humain

Éducation et santé10

Il ne peut y avoir de développement humain et économique sans avancées dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Les pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré des progrès considérables dans le domaine éducatif (tableau 6.1), mais ils restent en retard sur les autres régions pour ce qui est de l’alphabétisation, et notamment du taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire. Sur l’ensemble de la période étudiée, le niveau de capital humain des pays de cette région qui ont connu une forte croissance est bien plus élevé—et son accumulation plus rapide—que dans les pays où la croissance a été faible. Chez ces derniers, le taux de scolarisation dans le secondaire ne progresse plus depuis une vingtaine d’années, après le léger mieux enregistré durant les années 70. L’impact positif des réformes lancées pour améliorer le système éducatif a aussi été limité par l’«exode des cerveaux» qui frappe, en particulier, les pays traversant de longues périodes de stagnation économique et d’instabilité politique. On peut penser que, tant que ces derniers n’offriront pas un cadre économique et politique attrayant à leur élite, ce type d’émigration opposera un obstacle majeur au développement économique de l’Afrique subsaharienne.

Tableau 6.1.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: santé et éducation
Taux d’analphabétismeTaux de scolarisation secondaire1Taux de scolarisation primaire2
197019971970–97197019951970–95197019951970–95
Asie51243624614582112107
Economies avancées8010694102103103
Hémisphère occidental261318285244100112106
Moyen-Orient et Europe693852246449689791
Afrique subsaharienne71425672719507774
Monde46263431675183104100
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)593345133829599088
Croissance moyenne71455762517497272
Croissance faible (quintile inférieur)70415591817648472
Pour mémoire
CFA: moyenne non pondérée381546762017506770
Espérance de vie à la naissanceTaux de mortalité infantile
197019971970–97197019971970–97
Asie566763954869
Économies avancées71777422613
Hémisphère occidental617065843256
Moyen-Orient et Europe5367601344987
Afrique subsaharienne44514813791112
Monde596763985676
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)4655521327896
Croissance moyenne44524913887110
Croissance faible (quintile inférieur)424846155114134
Pour mémoire
CFA: moyenne non pondérée342504714692117
Source: Banque mondiale. Indicateurs du développement dans le monde (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives de l’économie mondiale)

1995 = 1994 pour l’Afrique subsaharienne et l’Hémisphère occidental; 1970 = 1975 pour les économies avancées.

1995 = 1994 pour l’Afrique subsaharienne; 1970 = 1975 pour les économies avancées et l’Hémisphère occidental.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Source: Banque mondiale. Indicateurs du développement dans le monde (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives de l’économie mondiale)

1995 = 1994 pour l’Afrique subsaharienne et l’Hémisphère occidental; 1970 = 1975 pour les économies avancées.

1995 = 1994 pour l’Afrique subsaharienne; 1970 = 1975 pour les économies avancées et l’Hémisphère occidental.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

La tendance est la même pour les principaux indicateurs de santé, à savoir la mortalité infantile et l’espérance de vie: malgré quelques améliorations notables, les pays d’Afrique subsaharienne restent à la traîne des autres régions et, depuis une trentaine d’années, ceux d’entre eux qui connaissent une forte croissance obtiennent de meilleurs résultats que ceux où l’expansion est faible. Cela dit, les deux groupes n’ont enregistré aucune progression de l’espérance de vie depuis quinze ans en raison, surtout, des ravages causés par le SIDA11. On estime que les maladies infectieuses en général, et le SIDA en particulier, entravent fortement la croissance de nombreux pays de la région12.

Épargne et investissement

L’investissement physique, et en particulier la formation de capital fixe du secteur privé, demeure faible en Afrique subsaharienne. Le ratio investissement fixe total/PIB diminue progressivement depuis trente ans, et il est passé de 20 % du PIB en 1970–74 à 17,5% du PIB pour la seconde moitié des années 90 (graphique 6.1). L’investissement fixe privé oscille pour sa part entre 11 % et 12 % du PIB (en moyenne) depuis 1970, et ne montre qu’une très légère tendance à la hausse. Ces chiffres globaux masquent là encore des différences marquées entre les pays de la région. Les économies à forte croissance affichent des ratios d’investissement (total et privé) assez élevés, puisqu’ils ont atteint respectivement 32 % et 25 % du PIB pendant la seconde moitié des années 90, contre 10 % et 5 % seulement dans les pays à faible croissance. Il apparaît enfin que l’investissement en Afrique subsaharienne a été assez improductif, puisque les estimations font apparaître une baisse de la productivité totale des facteurs.

On peut donc penser que les piètres résultats de croissance enregistrés par les pays d’Afrique subsaharienne sont imputables en partie à des facteurs qui découragent l’investissement ou le rendent moins productif. Le manque d’infrastructure, la médiocrité des services publics et les distorsions qui faussent les incitations à l’investissement ont limité la productivité du capital13. De surcroît, l’ampleur des risques qui pèsent sur la rentabilité de l’investissement en Afrique—du fait notamment de l’instabilité macroéconomique et politique, de l’inefficacité des institutions et des lacunes des systèmes juridiques—n’a pas peu contribué à décourager les investisseurs (voir ci-après)14.

De plus, l’investissement a été bridé par le manque de financements15. L’épargne nationale reste modeste par rapport à celle d’autres régions, ce qui s’explique à la fois par la grande pauvreté de la population et par les mêmes raisons qui découragent l’investissement (voir graphique 6.1)16. Depuis quinze ans, l’épargne nationale se situe en moyenne à 14 % du PIB, soit bien au-dessous des taux affichés dans les autres régions en développement—en Asie en particulier—où ils ont atteint 20 % pendant la deuxième moitié des années 90, alors qu’ils sont tombés à 4 % dans les pays d’Afrique subsaharienne à faible croissance.

La faiblesse de l’épargne intérieure n’est pas le seul obstacle au financement de l’investissement en Afrique subsaharienne. L’intermédiation financière, toujours fort limitée, est assurée en général par quelques établissements qui, souvent, n’évoluent pas en situation de concurrence. Les flux de capitaux privés vers la région sont faibles, bien qu’ils aient augmenté dans les années 90: les investisseurs étrangers en quête de rendements (pondérés en fonction des risques) élevés ont préféré à l’Afrique d’autres pays en développement offrant davantage de sécurité ainsi que des marchés de capitaux plus développés et moins réglementés par l’État. L’aide publique au développement (APD) joue un rôle prédominant en Afrique, mais elle a souvent été utilisée de manière inefficace. Cependant, elle diminue depuis quelques années et il n’est pas dit qu’elle retrouvera ses niveaux d’antan, car les économies avancées n’échappent pas aux contraintes budgétaires et l’aide tend à se concentrer sur les pays qui ont su en tirer le meilleur parti pour leur croissance17.

Rôle des politiques macroéconomiques et structurelles et de la libéralisation du secteur extérieur

Stabilisation macroéconomique

Au cours des trente dernières années, l’inflation et le ratio déficit budgétaire/PIB ont été beaucoup plus bas dans les pays d’Afrique subsaharienne qui ont connu une croissance forte que dans ceux où la croissance est restée faible (graphique 6.2). Bien qu’elle soit difficile à établir, l’existence d’un lien de causalité entre stabilité macroéconomique et croissance est désormais largement admise18. Depuis dix ans, les autorités africaines axent de plus en plus leurs efforts sur la stabilisation macroéconomique et les réformes structurelles, et elles le font souvent dans le cadre de programmes appuyés par la FASR. L’accélération récente de la croissance en Afrique subsaharienne tient en grande partie au succès relatif de cette stabilisation macroéconomique. En effet, le déficit budgétaire moyen (dons compris) a été ramené de 5 % du PIB pour la première moitié des années 90 à 3 % pour la période 1995–98, tandis que, dans le même temps, l’inflation moyenne est tombée de 29 % à 21 % et l’inflation médiane a été ramenée de 11 % à 8%. Sur le plan budgétaire, les autorités se sont efforcées surtout de réduire les exonérations fiscales et les dépenses improductives (telles que les transferts et les subventions aux entreprises publiques) tout en accroissant les recettes grâce à l’adoption de la TVA. Sur le plan monétaire, les réformes sont allées de la réduction ciblée de l’expansion du crédit intérieur à l’abandon de l’encadrement sélectif et de l’orientation du crédit, en passant par la déréglementation des taux d’intérêt.

Graphique 6.2.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: inflation et solde budgétaire

Dans les pays d’Afrique subsaharienne, l’amélioration de la stabilité macroéconomique coïncide avec une accélération de la croissance.

Comme c’est le cas dans d’autres régions en développement, on observe une tendance à l’assouplissement des régimes de change en Afrique subsaharienne. Ceci étant, la moitié environ des pays de la région continuent d’arrimer leur monnaie nationale à au moins une monnaie étrangère19: quinze pays la rattachent au franc français (les quatorze pays qui utilisent le franc CFA et les Comores), deux au dollar (Djibouti, qui s’est doté d’une caisse d’émission et l’Angola, qui applique un régime de parité mobile), quatre à un panier de monnaies (le Botswana, le Burundi, le Cap-Vert et les Seychelles) et trois au rand sud-africain (le Lesotho, la Namibie et le Swaziland). En dépit de cet assouplissement des régimes en vigueur, la variabilité des taux de change réels a diminué en Afrique subsaharienne à mesure que l’inflation ralentissait.

Les pays qui ont opté pour une parité fixe ont ajusté celle-ci pour corriger les désalignements monétaires qui se sont fait jour. Dans la zone franc, en particulier, la dévaluation de 1994 a permis de rectifier le désalignement fondamental du franc CFA et, grâce à l’intensification parallèle des réformes et de l’effort de stabilisation, d’accélérer sensiblement l’expansion. La croissance des pays de la zone franc est passée en effet de −2% par an pour la première moitié des années 90 à 5 % pour la seconde partie de la décennie. Dans le même temps, l’investissement privé est passé de 12 % à 18 % du PIB (en moyenne) et le déficit budgétaire a été fortement comprimé, puisqu’il a été ramené de 6 % à 2 % du PIB. Ce redressement a raffermi la confiance des investisseurs internationaux, attirant capitaux privés et investissements directs étrangers (IDE). En proportion du PIB, ceux-ci ont été portés respectivement de 0,6% à 3,0% et de 0,8% à 1,9% entre la première et la seconde moitié des années 90.

Libéralisation du commerce et des changes

Les études empiriques ont amplement démontré l’existence d’une relation positive entre la libéralisation du commerce et des changes et la croissance, de même qu’un double lien de causalité entre commerce et croissance20. Depuis une dizaine d’années, l’élimination des taux de change multiples et la réduction des restrictions de change sur les transactions courantes gagnent du terrain dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne: en 1990, 43 pays d’Afrique subsaharienne (sur 47) n’avaient pas encore accepté les obligations découlant de l’article VIII des Statuts du FMI; ils n’étaient plus que 33 en 1995, et 13 en 199821.

Bien qu’ils restent moins avancés dans la libéralisation des échanges que les autres régions en développement, les pays d’Afrique subsaharienne ont engagé depuis peu des réformes commerciales ambitieuses: les obstacles non tarifaires et les formalités de licences ont été fortement réduits et remplacés par des droits ad valorem qui ont fait l’objet, à leur tour, de baisses progressives. Souvent, ces mesures ont été prises dans le cadre d’accords commerciaux régionaux (voir chapitre V).

Un grand nombre de pays africains se sont efforcés aussi d’attirer davantage d’IDE. Pour ce faire, ils ont augmenté le nombre de secteurs d’activité ouverts à ce type d’investissement, entrepris de désengager l’État de l’économie, renoncé à imposer la constitution de coentreprises, accéléré le processus d’approbation des IDE en simplifiant les procédures grâce au système du guichet unique. Ils ont aussi levé les restrictions applicables au rapatriement des bénéfices, à l’octroi d’avantages fiscaux et à la création de zones franches pour l’industrie d’exportation, autorisé les participations étrangères aux privatisations, renforcé les mesures visant à protéger les droits de propriété intellectuelle et signé divers accords multilatéraux de commerce et d’investissement.

Les autorités africaines avancent également, non sans prudence, dans la libéralisation des mouvements de capitaux. Compte tenu en particulier des difficultés financières éprouvées par plusieurs pays durant la seconde moitié des années 90, il semble préférable d’attendre que leurs marchés financiers soient venus à maturité avant de s’engager dans cette voie, car le système économique et financier sera alors mieux à même de résister à l’instabilité des flux de capitaux, et ceux-ci risqueront moins de se porter vers des investissements inefficaces.

La suppression des distorsions causées par l’intervention des autorités sur le marché des changes a considérablement réduit les primes sur le marché noir pendant les années 90 (tableau 6.2). La libéralisation des échanges a stimulé les courants commerciaux, qui ont augmenté progressivement tout au long de la décennie. Cette double évolution a accéléré la croissance de la production, qui a elle-même renforcé, réciproquement, le dynamisme commercial durant la seconde moitié de la décennie. Il est intéressant de noter que, selon des données récentes fondées sur des modèles de gravité, les chiffres assez faibles (en valeur absolue) du commerce en Afrique subsaharienne n’ont rien d’étonnant dans la mesure où ils reflètent avant tout la taille modeste des économies de la région22. Les apports de capitaux privés et les ratios IDE/PIB ont augmenté de plus de 50 % entre la première et la seconde moitié des années 90. Cet essor est dû avant tout au financement de certains projets, la réglementation plus souple des IDE, les progrès des privatisations et le regain de confiance des investisseurs internationaux dans l’avenir des réformes en Afrique subsaharienne, mais il répond aussi à l’amélioration récente des perspectives de croissance.

Tableau 6.2.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: secteur extérieur
Ouverture1Prime de change sur le marché noir2
1990–941995–981970–981990–941995–981970–98
NEI d’Asie360,168,460,3
Asie21,324,415,3
Économies avancées19,321,918,8
Hémisphère occidental14,215,713,6
Moyen-Orient et Europe31,432,232,8
Afrique subsaharienne27,831,628,2
Monde19,422,419,7
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)52,859,053,71,21,12,3
Croissance moyenne30,632,829,51,41,13,1
Croissance faible (quintile inférieur)34,734,035,217,56,719,5
Pour mémoire
AS: moyenne non pondérée435,638,135,44,32,16,1
CFA: moyenne non pondérée30,837,834,11,01,01,0
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde pour les primes de change sur le marché noir (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives)

Ratio moyen des exportations et importations de biens et services rapportées au PIB.

Le ratio maximal taux du marché/taux de change officiel a été fixé à 100.

Corée. Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Afrique subsaharienne.

Apports de capitaux privés/PIBIDE/PIB
1990–941995–981970–981990–941995–981975–98
NEI d’Asie3−1,31,4
Asie2,82,31,51,82,80,9
Économies avancées
Hémisphère occidental3,03,62,31,12,40,8
Moyen-Orient et Europe5,31,5−0,30,50,80,3
Afrique subsaharienne0,63,01,70,81,90,8
Monde
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)3,09,34,74,47,82,5
Croissance moyenne2,54,12,31,51,90,7
Croissance faible (quintile inférieur)2,10,31,61,23,30,9
Pour mémoire
AS: moyenne non pondérée42,54,42,62,03,31,1
CFA: moyenne non pondérée1,47,73,82,24,71,2
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde pour les primes de change sur le marché noir (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives)

Ratio moyen des exportations et importations de biens et services rapportées au PIB.

Le ratio maximal taux du marché/taux de change officiel a été fixé à 100.

Corée. Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Afrique subsaharienne.

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde pour les primes de change sur le marché noir (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives)

Ratio moyen des exportations et importations de biens et services rapportées au PIB.

Le ratio maximal taux du marché/taux de change officiel a été fixé à 100.

Corée. Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Afrique subsaharienne.

Politique structurelle et composition sectorielle de la production

Après la décolonisation, de nombreux dirigeants africains ont remis en cause l’efficacité et l’équité de l’économie de marché et l’importance de l’avantage comparatif. Ils ont érigé de vastes systèmes de contrôle des prix, des taux de change, des réseaux de distribution et, plus généralement, de l’allocation sectorielle des ressources. Cette évolution s’est souvent faite aux dépens du secteur agricole, qui a pâti de la réglementation des prix et du taux de change, de la création de monopoles publics chargés de commercialiser les produits agricoles et du manque d’infrastructures en zone rurale. Dominé dans la plupart des pays par des entreprises publiques inefficaces, le secteur industriel a été implicitement subventionné via les politiques de substitution de produits nationaux aux importations, les rentes de situation des monopoles publics et de la fixation des prix agricoles à des niveaux artificiels. Mais il n’a pas prospéré pour autant, car les distorsions ainsi créées ont rendu l’investissement inefficace et la mauvaise gestion chronique.

Au cours des années 90, les pouvoirs publics sont revenus sur beaucoup de ces initiatives et ont éliminé bon nombre de distorsions. Le champ du contrôle des prix a été réduit et la commercialisation des produits agricoles libéralisée, les grands monopoles publics ont été démantelés et de nombreuses entreprises privatisées. Toutefois, l’effet de ce retour aux mécanismes du marché ne se fera pleinement sentir que dans quelques années, et des efforts s’imposent pour mettre en place des incitations de nature à assurer effectivement une allocation efficiente des ressources.

Accélérer encore la croissance en Afrique subsaharienne

Les intiatives récentes ont rapproché les pays d’Afrique subsaharienne de la stabilité macroéconomique et réduit les distorsions qui faussent la structure des incitations, ce qui a eu pour effet d’accélérer la croissance. Dans la plupart des cas, toutefois, leurs efforts n’ont pas suffi à lever tous les obstacles qui empêchent ou freinent l’accumulation de capital: seuls les pays qui ont connu une forte croissance ont vu l’investissement privé progresser dans la seconde moitié des années 90. Les efforts de stabilisation macroéconomique et les réformes structurelles doivent donc être poursuivis: en 1998, l’inflation était en moyenne de 10 % en Afrique subsaharienne, et le déficit budgétaire (dons compris) se situait, en moyenne là aussi, à 4,3% du PIB. Cela dit, plus d’un quart des pays de la région n’ont pas encore accepté les obligations découlant de l’article VIII et, même s’ils ont été abaissés, les obstacles tarifaires et non tarifaires demeurent assez élevés. On compte encore beaucoup de monopoles d’État et de contrôles des prix ou des quantités. Enfin, les IDE restent soumis à de lourdes procédures, qu’il s’agisse des formalités d’octroi de licences industrielles et commerciales ou des restrictions qui compliquent la délivrance de permis de travail à la main-d’oeuvre étrangère. II faut donc approfondir les progrès accomplis dans les secteurs déjà cités, mais aussi dans les domaines qui suivent.

Réforme du secteur public, des marchés financiers et des infrastructures

Plusieurs aspects de l’action de l’Etat, de ses services et de ses institutions opposent d’énormes obstacles à l’amélioration de la productivité et aggravent les risques liés à l’investissement. C’est le cas de l’inefficacité de l’administration publique, de la corruption ou du respect limité des situations juridiques et notamment du droit de propriété. C’est le cas aussi des risques liés à l’instabilité politique et aux conflits internes, du sous-développement du système financier ou de l’insuffisance des infrastructures physiques.

Qualité des institutions et de la gouvernance du secteur public

Dans bien des cas, l’absence de représentation véritable des citoyens et l’instabilité politique qui ont suivi la décolonisation, conjuguées à divers facteurs historiques et ethniques, ont contrarié la mise en place d’un cadre politique et institutionnel efficace et ont fait manifestement obstacle à la croissance. La réforme de l’État, de ses institutions et de sa gouvernance reste plus que jamais à l’ordre du jour dans nombre de ces pays.

L’inefficacité des services publics résulte du manque de qualification des fonctionnaires et de l’absence d’un système de rémunération au mérite, et explique que leur prestation absorbe des ressources budgétaires qui seraient mieux employées à valoriser les ressources humaines ou à développer les infrastructures physiques23.

La corruption du système politique et l’inefficacité de l’administration publique alourdissent les coûts de transaction et s’opposent à une allocation efficiente des ressources24. La partialité du système juridique, le respect en général insuffisant de l’État de droit, le risque d’expropriation et l’absence de sanctions efficaces en cas de rupture de contrat concourent à rendre l’investissement plus risqué. Les conflits armés, l’instabilité politique et les guerres civiles aggravent le risque de destruction des équipements et d’interruption des activités, réduisant d’autant la rentabilité escomptée des investissements. L’instabilité gouvernementale fait elle aussi planer l’incertitude sur l’avenir des politiques menées. Dans certains pays, enfin, le maintien au pouvoir de gouvernements non issus d’élections démocratiques a souvent pour corrolaire l’intervention et la corruption de l’État.

Tous ces facteurs tendent à réduire l’efficacité de l’économie et à décourager l’investissement national et étranger. Qu’elles portent sur les quinze dernières années ou sur la période récente, les enquêtes font apparaître néanmoins une légère amélioration de la plupart de ces variables dans les pays d’Afrique subsaharienne qui ont connu une forte croissance (tableau 6.3)25. Mais l’Afrique subsaharienne dans son ensemble n’en est pas moins restée très en retrait par rapport aux autres régions ces dernières années, surtout si on la compare aux économies avancées, aux pays en développement rapide et aux nouvelles économies industrielles d’Asie. Ce constat traduit sans doute, dans une certaine mesure, l’interdépendance entre les résultats économiques, d’une part, et la qualité des institutions publiques et de la gouvernance, de l’autre. Mais les pays d’Afrique subsaharienne doivent à l’évidence se doter d’un appareil institutionnel et politique qui accroisse l’efficacité et réduise les risques de l’activité économique.

Tableau 6.3.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: qualité de la gouvernance, des institutions et des services publics

(de 0 à 10: plus les chiffres sont élevés, plus la qualité augmente)1

Qualité de l’administrationAmpleur de la corruptionStabilité du gouvernementTensions ethniquesViolence politiqueOrdre publicRisque d’expropriationRisque de dénonciation des contrats
1984–981984–981984–981984–981984–981984–981984–971984–97
NEI d’Asie27,36,96,57,59,07,48,39,1
Asie4,64,35,04,56,05,06,36,0
Économies avancées8,78,36,58,28,78,77,99,2
Hémisphère occidental4,24,64,97,15,84,85,76,0
Moyen-Orient et Europe4,84,75,75,95,75,46,25,9
Afrique subsaharienne4,14,64,84,95,54,45,34,8
Monde5,45,55,46,46,65,86,36,4
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)4,35,95,55,76,45,15,65,3
Croissance moyenne4,64,75,05,15,74,65,75,2
Croissance faible (quintile inférieur)3,03,53,83,94,53,64,33,4
Pour mémoire
CFA: moyenne non pondérée34,54,34,95,46,04,45,75,3
Source: International Country Risk Guide (publié par Political Risk Services)

Pour les regroupements régionaux: moyennes pondérées des pays de l’échantillon.

Corée. Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Source: International Country Risk Guide (publié par Political Risk Services)

Pour les regroupements régionaux: moyennes pondérées des pays de l’échantillon.

Corée. Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Développement financier

Le rôle du secteur financier dans la croissance n’est plus à démontrer26. Un système financier efficace facilite les transactions économiques, stimule l’épargne et canalise celle-ci vers l’investissement, ce qui facilite la mobilisation des ressources et en améliore l’affectation. Les pays d’Afrique subsaharienne doivent se doter de marchés financiers qui permettent de diversifier les portefeuilles, de lisser la consommation et de constituer les réserves de précaution indispensables vu la forte exposition de ces pays à des risques incontrôlables du type aléas climatiques ou détérioration des termes de l’échange.

Des études récentes montrent les efforts considérables consentis par les pays d’Afrique subsaharienne depuis la fin des années 80 pour améliorer le fonctionnement de leur système financier27. La libéralisation de ce secteur a été du reste l’une des grandes réussites des réformes, et seuls quelques États continuent d’encadrer le crédit ou de maintenir des taux d’intérêt débiteurs négatifs en termes réels. Mais il faut aller plus loin. D’après les différents indicateurs de développement financier, le niveau de développement financier moyen des pays d’Afrique subsaharienne représentait environ le tiers de celui de l’Afrique du Sud en 1987, et à peine plus de la moitié en 199728.

  • Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. le secteur financier n’est pas ouvert à la concurrence et l’État intervient fréquemment dans l’allocation du crédit. En 1997, les systèmes bancaires étaient très concentrés: la marge d’intermédiation moyenne oscillait entre 6 et 10 points (chiffre qui témoignait à la fois de l’ampleur du risque de crédit et du manque de concurrence), les créances irrécouvrables dépassaient en moyenne 20 % des portefeuilles bancaires (en raison notamment des carences du système juridique), et moins de la moitié des pays de la région s’étaient dotés des normes de fonds propres pondérées en fonction des risques préconisées par le Comité de Bâle.

  • À l’exception notable de l’Afrique du Sud, les pays d’Afrique subsaharienne ne disposent que d’un éventail de produits financiers par trop limité. Dans la plupart des cas, les dépôts à vue ne sont pas rémunérés, tandis que les dépôts et les effets publics ont des échéances très courtes (en raison, là encore, de l’ampleur des incertitudes économiques et politiques). Enfin, les marchés boursiers et interbancaires restent pour la plupart embryonnaires.

  • Les pays d’Afrique subsaharienne doivent mieux utiliser certains instruments de la politique monétaire. La conduite de celle-ci est fréquemment contrariée par des ingérences politiques. Pour beaucoup de banques centrales, les avances aux banques commerciales restent un instrument de politique monétaire plus important que les opérations d’open-market. En outre, peu de pays possèdent un système de paiement capable d’assurer le règlement rapide des transactions et les marchés interbancaires sont encore, dans bien des cas, très peu actifs.

  • Le contrôle et la réglementation bancaires sont souvent inefficaces, et ceux qui en ont la charge sont rarement à l’abri des pressions politiques. Dans beaucoup de pays, la législation financière et commerciale et son cadre institutionnel sont insuffisants. Enfin, le faible degré d’informatisation et l’utilisation en général limitée des technologies nouvelles freinent le développement du système financier.

Tous ces facteurs demandent à être suivis, car ils rendent l’intermédiation financière moins efficace, alourdissent le coût des emprunts, découragent l’épargne, aggravent le risque de faillites bancaires et réduisent les chances qu’a le secteur privé d’accéder au crédit, même pour financer des projets viables.

Il arrive souvent que la réforme financière ne porte pas immédiatement ses fruits sur le double plan de la croissance de la production et de l’intermédiation financière. Après des années de distorsion, répression et sous-développement du secteur financier, il faut que les entreprises, les ménages et le secteur public s’adaptent à ce nouvel environnement où l’octroi des prêts bancaires et les modifications des taux d’intérêt ne sont plus décidés par l’État, mais par le marché—dans un cadre désormais concurrentiel—, et où les établissements financiers évaluent la solvabilité des emprunteurs en fonction de nouveaux paramètres. Les avantages du développement du secteur financier mettront donc peut-être quelque temps à se concrétiser.

Infrastructures

Les pays d’Afrique subsaharienne doivent réorienter en partie les dépenses publiques vers la création et l’amélioration des infrastructures pour stimuler l’investissement et la croissance, mais aussi pour faire reculer la pauvreté et les inégalités de revenus et réduire au minimum la dégradation de l’environnement29.

Encadré 6.1.Évolution des dépenses militaires en Afrique et dans le monde

Depuis le milieu des années 80, les dépenses militaires affichent un recul persistant à travers le monde, y compris en Afrique1,2. Les données des Perspectives de l’économie mondiale pour 132 pays montrent que le ratio dépenses militaires/PIB est passé progressivement de 5,1% en 1985 à 3,4% en 1990, puis à 2,1% en 1998. Dans le même temps, les dépenses militaires sont tombées de 13,9% des dépenses publiques en 1990 à 9,4% en 1998. Cette tendance à la baisse des dépenses militaires dans le monde est confirmée par les trois autres sources bien connues de données sur les dépenses militaires3: l’Institut international de recherches sur la paix de Stockholm (SIPRI), l’Institut international d’études stratégiques (IIES) et l’Arms Control and Disarmament Agency (ACDA) des États-Unis4.

Les différences observées dans la structure des dépenses militaires d’une région à l’autre se sont estompées au cours des années 90 (voir premier graphique), et restent imputables avant tout aux tensions régionales et à la concentration des conflits armés et des engagements militaires dans certaines parties du monde. On peut penser aussi que les dépenses militaires d’un pays sont influencées par celles de ses voisins5. Selon le SIPRI. le nombre de conflits armés dans le monde est tombé de 31 en 1990 à 24 en 1997, avant de remonter à 26 en 1998. Il a diminué de moitié en Afrique entre 1990 et 1996 (passant de 10 à 5), mais a augmenté depuis (8 conflits en 1997, et 11 en 1998). Au total, c’est néanmoins la résurgence des conflits sur le continent africain qui explique l’augmentation du chiffre mondial en 19986.

Dépenses militaires, 1990–98

(En pourcentage du PIB)

Malgré cette progression récente du nombre des conflits armés, la tendance à la baisse des dépenses militaires en Afrique pendant la majeure partie des années 90 est confirmée par différentes sources (voir deuxième graphique). Les dépenses militaires n’en demeurent pas moins assez élevées dans les pays africains, où elles représentaient 2,3% du PIB en 1998, contre 1,6% du PIB en Asie et 1,3% du PIB dans l’Hémisphère occidental. Et le ratio dépenses militaires/PIB est resté plus élevé en Afrique que dans ces deux régions tout au long de la présente décennie, même lorsque l’on exclut les pays en conflit de l’échantillon analysé. L’Afrique consacre plus de ressources au secteur militaire, en proportion du PIB, que toutes les autres régions en développement et en transition, à l’exception du Moyen-Orient. En proportion des dépenses publiques, cependant, les crédits militaires en Afrique sont tombés de 12,5% en 1990 à 8.5% en 1998. Ce second ratio est plus bas en Afrique que dans toutes les régions en développement ou en transition, à l’exception de l’Hémisphère occidental et de l’Europe centrale. Comme dans bon nombre des autres régions, toutefois, il se peut que les données budgétaires ne rendent pas compte de l’ensemble des dépenses militaires. Enfin, la recrudescence récente des conflits armés a sans doute incité davantage les gouvernements africains à relever les crédits militaires, dont la part dans les dépenses publiques pourrait donc augmenter.

Effectifs des forces armées

Une armée aux effectifs excessifs par rapport à la population risque de grever la masse salariale de l’État au détriment de dépenses productives. Les chiffres de l’ACDA font apparaître que le recul des dépenses militaires pendant les années 90 s’est accompagné, entre 1990 et 1995, d’une réduction des effectifs des forces armées. En effet, les données recueillies sur 134 pays indiquent que, depuis 1990, ces effectifs ont été ramenés de 6,7 à 5,7 pour 1.000 habitants dans toutes les régions étudiées, et que seules les nouvelles économies industrielles d’Asie font exception à cette tendance. C’est en Afrique et dans l’Hémisphère occidental que les forces armées ont diminué le plus par rapport à la population. Dans les 45 pays africains de notre échantillon, les effectifs des forces armées ont été ramenés ainsi de 3,9 pour 1.000 habitants en 1990 à 3,3 pour 1.000 habitants en 1995.

Dépenses militaires en Afrique, 1990–98

(En pourcentage du PIB)

1L’étude de l’Institut international d’études stratégiques IIES). The Military Balance, porte sur 16 pays.

2Les dépenses militaires et les transferts d’armes mondiaux comptabilisés par l’Arms Control and Disarmament Agency (ACDA) des États-Unis portent sur 26 pays (World Military Expenditures and Arms Transfers).

3Les Perspectives de l’économie mondiale analysent 43 pays.

4Le rapport présenté chaque année par l’Institut international de recherches sur la paix de Stockholm (SIPRI), SIPRI Yearbook, Armaments, Disarmament and International Security, porte sur 23 pays.

Dépenses militaires contre dépenses productives: le cas de l’éducation et de la santé

Il semble que les dépenses militaires reçoivent désormais moins d’attention, en moyenne, que les dépenses d’éducation et de santé. Comme la médiocrité des indicateurs sociaux ne fait souvent que sanctionner l’insuffisance des crédits alloués à ces deux secteurs, la baisse des dépenses militaires—par rapport au PIB et aux dépenses publiques globales—permet de dégager des ressources budgétaires au profit de dépenses productives pour le développement humain. Dans les 56 pays pour lesquels on dispose de données couvrant la période 1990–97, la baisse des dépenses militaires s’est accompagnée d’une hausse des dépenses d’éducation et de santé en proportion du PIB (troisième graphique, partie supérieure). Les 25 pays africains de l’échantillon se comportent fort bien, puisque ce sont eux qui affichent la plus forte progression des dépenses de santé et d’éducation.

Les programmes appuyés par le FMI insistent particulièrement sur la réorientation des dépenses publiques vers les programmes plus productifs, tels que les dépenses consacrées au développement humain. Parmi les pays qui ont appliqué pendant plus de deux ans un programme soutenu par le FMI, c’est en Afrique que le ratio dépenses militaires/PIB a été abaissé le plus rapidement (troisième graphique. partie intermédiaire)7,8. En dépit de la réduction des dépenses publiques totales, les pays africains ont relevé leurs dépenses d’éducation et de santé.

Variations des dépenses consacrées à la défense, à l’éducation et à la santé, 1990–971

(En pourcentage du PIB)

Source: estimations des services du FMI

1Moyennes non pondérées. Non compris les pays industrialisés.

Variations des effectifs des forces armées, 1990–95

(Pour 1.000 habitants; variation en pourcentage

Source: World Military Expenditures and Arms Transfers, Arms Control and Disarmament Agency (ACDA) des États-Unis. Washington

1Pays appliquant depuis plus de deux ans des programmes appuyés par le FMI.

Les dépenses d’éducation et de santé ont aussi augmenté dans les pays africains admis à bénéficier d’un allégement de la dette au titre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE)9. En réduisant l’endettement de ces pays, l’Initiative vise à libérer des ressources supplémentaires pour financer les programmes sociaux, et avant tout les soins de santé et l’éducation de base. Les PPTE africains (nettement majoritaires dans ce groupe) ont accru leurs dépenses de santé plus vite que les autres pays qui ont appliqué pendant plus de deux ans des programmes appuyés par le FMI. Qui plus est, ils l’ont fait tout en abaissant les dépenses publiques globales (troisième graphique, partie inférieure)10. Dans le secteur de l’éducation, en revanche, les PPTE africains n’ont pas augmenté les dépenses au même rythme que les autres pays qui appliquent un programme soutenu par le FMI. Enfin, les effectifs des forces armées ont diminué deux fois plus, entre 1990 et 1995, dans les PPTE africains que dans les autres pays du continent qui, durant cette période, ont appliqué pendant plus de deux ans un programme appuyé par le FMI (voir quatrième graphique).

1Afrique subsaharienne, Algérie, Maroc et Tunisie.2Voir Sanjeev Gupta, Calvin McDonald, Luiz de Mello et Randa Sab. «Les dépenses militaires mondiales restent stables et les dépenses sociales sont en hausse». Bulletin du FMI, volume 28, n° 11 (14 juin 1999, pages 186–88); et aussi Sanjeev Gupta, Jerald Schiff et Benedict Clements, «World-wide Military Spending, 1990–95», document de travail du FMI n° 96/64 (juin 1996).3Pour le SIPRI, qui analyse un échantillon de 71 pays, les dépenses militaires mondiales sont tombées de 3,2% du PIB en 1990 à 2,3% du PIB en 1997. Selon l’IIES, qui suit quant a lui 89 pays, elles ont été ramenées à 2,5% du PIB en 1997, soit une baisse de 0,6% du PIB depuis 1990. D’après les données établies par l’ACDA, qui portent sur 102 pays mais s’arrêtent en 1995, les dépenses militaires représentaient 2,7% du PIB en 1995 et s’inscrivaient en recul de 1,0% du PIB depuis 1990.4Ces sources different surtout par l’éventail des pays couverts et la définition des dépenses retenue. Les données des Perspectives de l’économie mondiale reposent sur les chiffres effectifs des budgets de la défense communiqués par les économistes du FMI chargés des pays analysés, et couvrent un éventail plus large de pays. Le SIPRI utilise la définition de l’OTAN et inclut les pensions de retraite militaires, les paiements d’intérêts sur les dépenses militaires et les dépenses paramilitaires dans le total des dépenses, mais exclut les dépenses de police. L’IIES ne retient la définition de l’OTAN que pour les pays membres de cette organisation et utilise les chiffres effectifs du budget de la défense pour les autres pays. Ces sources different aussi par la période prise en compte pour le traitement des données: ainsi, les chiffres des Perspectives de l’économie mondiale et du SIPRI sont calculés sur l’année civile, tandis que les données de L’IIES se rapportent, selon le cas, à l’année civile ou financière. Enfin, la régularité avec laquelle les données sont communiquées varie en fonction des sources.5Voir Hamid Davoodi, Benedict Clements, Jerald Schiff et Peter Debaere, «Military Spending, the Peace Dividend, and Fiscal Adjustment», document de travail du FMI n° 99/87.6Le Secrétaire général de l’ONU a appelé récemment à réduire les dépenses militaires en Afrique: voir «Secretary-General tells assembly debate on durable peace in Africa, immediate and dramatic action needed to ease Africa’s debt burden». Communiqué de presse GA/9475, octobre 1998.7Sur les 31 pays qui, au cours de la période 1990–97, ont appliqué pendant plus de deux ans un programme soutenu par le FMI, 14 sont des pays africains sur lesquels on dispose de données.8Geoff Harris et Newman Kusi, «The Impact of the IMF on Government Expenditures: A Study of African LDCs», Journal of International Development, volume 4, n° I (1992), pages 73–85, montrent aussi qu’entre 1978 et 1987, la probabilité d’une réduction des dépenses militaires était plus grande dans les pays africains qui appliquaient des programmes soutenus par le FMI.9L’Initiative en faveur des PPTE repose sur une action coordonnée de la communauté financière internationale, y compris les institutions multilatérales, visant à ramener la dette extérieure de ces pays à des niveaux supportables, moyennant l’application préalable de politiques économiques saines, dans le cadre de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale. Lors du Sommet de Cologne en 1999, les ministres des finances du Groupe des Sept ont souhaité que le cadre de l’Initiative PPTE soit élargi en vue d’étendre et d’accélérer les allégements de dette accordés.10On dispose de données pour 14 PPTE africains, sur un échantillon de 31 pays ayant applique pendant plus de deux ans un programme soutenu par le FMI.

Bon nombre des pays de la région qui ont connu une forte croissance bénéficiaient au départ d’un stock d’équipements plus vaste que les pays où la croissance a été faible, et ils ont enregistré ces vingt dernières années un développement plus rapide des infrastructures (tableau 6.4). Mais il est évident que la qualité de celles-ci importe également. Dans de nombreux pays, peu de routes sont bitumées, ce qui augmente les coûts de transport, et l’alimentation publique en électricité n’est pas fiable, ce qui conduit les entreprises à installer leurs propres génératrices et augmente leurs coûts de production30. Dans les pays enclavés, l’amélioration des équipements de transport faciliterait l’intégration économique avec leurs voisins et stimulerait par là même le commerce et la croissance31.

Tableau 6.4.Afrique subsaharienne et autres groupes de pays en développement: indicateurs d’infrastructure
Lignes téléphoniques par employéTaux de croissance

des lignes téléphoniques

par employé
Routes bitumées/ensemble

du réseau
1980–841995–971970–971995–971970–971980–841995–971970–97
Asie1181242912
Économies avancées11121614334
Hémisphère occidental6318289157
Moyen-Orient et Europe329252148
Afrique subsaharienne216236107
Monde10318012724
Pays d’Afrique subsaharienne: regroupement non pondéré en fonction de la croissance annuelle du PIB par habitant (1970–98)
Croissance forte (quintile supérieur)2039232012213329
Croissance moyenne12322010791514
Croissance faible (quintile inférieur)1119144181412
Pour mémoire
AS: moyenne non pondérée1133120117101816
CFA: moyenne non pondérée2112817171371511
Source: Banque mondiale. Indicateurs du développement dans le monde (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives de l’économie mondiale)

Afrique subsaharienne.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Source: Banque mondiale. Indicateurs du développement dans le monde (les regroupements régionaux peuvent différer de la classification des Perspectives de l’économie mondiale)

Afrique subsaharienne.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

En dépit des progrès récents, les infrastructures doivent encore être améliorées. A titre d’exemple, le nombre moyen de téléphones par employé dans les pays d’Afrique subsaharienne en 1995–97 était égal aux deux tiers environ de celui de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, et à un tiers de celui de l’Hémisphère occidental. Et ces écarts se sont creusés durant la première moitié des années 90.

Après s’être concentrés exclusivement, des décennies durant, sur la création d’équipements collectifs, les États africains ont adopté une nouvelle stratégie dans les années 90: favoriser la participation des collectivités locales et du secteur privé en s’attachant en particulier à privatiser les entreprises publiques. Cette stratégie a permis aux autorités d’accélérer la création et d’améliorer la gestion et le fonctionnement des services d’infrastructure, et elle devrait sans doute continuer de figurer en bonne place dans les politiques d’équipement.

Problème de la dette et Initiative en faveur des PPTE

L’endettement extérieur de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne s’est alourdi dans des proportions alarmantes en l’espace de trente ans. La dette extérieure totale de la région est passée de près de 9 milliards de dollars en 1971 (soit 14 % du PNB régional) à 107 milliards en 1985 (56% du PNB), puis à 220 milliards en 1997 (68% du PNB)32. Dès le milieu des années 80, l’endettement extérieur atteignait déjà une cote d’alerte dans beaucoup de pays. En 1985, les ratios dette/exportations nominaux de 24 pays d’Afrique subsaharienne (sur 47) étaient supérieurs à 250%, et les ratios service de la dette/exportations dépassaient 20 % dans 22 pays (tableau 6.5)33. Les créanciers des pays de la région étaient pour la plupart officiels puisque, si l’on ne tient pas compte de l’Afrique du Sud. un quart seulement de cette dette extérieure avait été contracté auprès de créanciers privés—et était garanti, pour l’essentiel, par le secteur public des pays emprunteurs.

Les donateurs officiels ont fourni des financements confessionnels considérables, via l’aide publique au développement (APD) et les allégements de dette, pour réduire l’encours et le service de la dette des pays d’Afrique subsaharienne. L’allégement de dettes accordé à ces derniers, sous forme de réduction ou de rééchelonnement du principal (à des taux souvent réduits) et des intérêts exigibles, a représenté plus de 3 % du PNB des pays bénéficiaires (en moyenne annuelle) au cours des quinze dernières années. L’aide officielle sous forme de dons ou de prêts concessionnels, qui était en moyenne un peu supérieure à 2 % du PNB de ces pays sur la période 1970–84, a atteint près de 6 % en 1985–94, avant de retomber à 4,5% du PNB en 1995–98. La part de la dette concessionnelle est passée de 28 % pour la première moitié des années 80 à 37 % pour la seconde. En dépit de cette aide officielle, toutefois, le poids de la dette extérieure est resté insupportable pour de nombreux pays, et certains d’entre eux en sont devenus de plus en plus tributaires. En 1997, le ratio valeur actuelle nette (VAN) de la dette/PNB se situait en moyenne à 92%, et le ratio VAN de la dette/exportations atteignait 347 % (tableau 6.5). Dix-neuf pays affichaient un ratio VAN de la dette/exportations supérieur à 250%, et douze un ratio service de la dette/exportations supérieur à 20%34.

Tableau 6.5.Afrique subsaharienne: indicateurs de la viabilité de la dette
Dette/

PNB

1985
Dette/

exportations

1985
Service

de la dette/

exportations

1985
Dette/

PNB

1997
Dette/

exportations

1997
Service

de la dette/

exportations

1997
VAN

de la dette/

PNB1

1997
VAN

de la dette/

exportations1

1997
Afrique subsaharienne56171186820213
Croissance forte (quintile supérieur)106356201133251192217
Croissance moyenne79437231205061683389
Croissance faible (quintile inférieur)1214791915151714126349
Pour mémoire
AS: moyenne non pondérée292432221244741592347
CFA: moyenne non pondérée391241211062941279214
PPTE/AS: moyenne non pondérée41085722716263518114469
Source: Banque mondiale. Financement du développement dans le monde

Valeur actuelle nette.

Afrique subsaharienne.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Pays pauvres très endettés d’Afrique subsaharienne.

Source: Banque mondiale. Financement du développement dans le monde

Valeur actuelle nette.

Afrique subsaharienne.

Communauté financière africaine et Coopération financière en Afrique.

Pays pauvres très endettés d’Afrique subsaharienne.

Causes de l’accumulation d’une dette insupportable

Plusieurs raisons—qui vont de facteurs extérieurs à l’application de politiques inadaptées par les pays emprunteurs ou prêteurs—expliquent que la dette accumulée par les pays d’Afrique subsaharienne ait fini par atteindre des niveaux intolérables. Trop souvent, des prêts ou des aides publiques considérables ont été sollicités et accordés sans être assortis d’une conditionnalité suffisante, sur la base d’hypothèses de croissance de la production et des exportations trop optimistes et sans se soucier des graves incertitudes économiques et politiques qui pèsent traditionnellement sur la région. Les pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas su, en règle générale, canaliser ces apports financiers vers les investissements productifs qui auraient accéléré leur croissance, accru leurs recettes d’exportation et facilité le remboursement de leurs emprunts. Enfin, les efforts de stabilisation et de réforme ont souvent été insuffisants pour créer un cadre économique et institutionnel propice à la croissance, et ont été parfois remis en cause par l’évolution de la situation politique.

Des facteurs extérieurs—la dégradation des termes de l’échange et, dans une moindre mesure, les aléas climatiques—ont diminué le volume ou la valeur des exportations35. De plus, la mauvaise gestion des financements extérieurs a réduit le rendement économique des programmes d’aide: la corruption explique la disparition d’une partie des ressources disponibles, et la fongibilité des aides financières a facilité parfois leur réorientation vers des projets politiquement plus rentables pour le gouvernement du pays bénéficiaire, mais moins productifs que ceux qu’avaient envisagés les donateurs36.

La situation a été aggravée par le poids même de l’endettement, car le service de la dette a accaparé une fraction croissante des recettes d’exportation et des maigres ressources budgétaires disponibles pour les dépenses productives. Cet endettement massif a aussi éloigné les investisseurs (étrangers, surtout), découragés à la fois par le manque d’infrastructures et par l’alourdissement effectif ou anticipé de la pression fiscale37. Enfin, il a amputé l’aide financière utilisable pour financer de nouveaux projets puisque, selon les estimations, près d’un tiers de l’aide accordée aux pays d’Afrique subsaharienne a été consacré au service de la dette38.

L’aide publique n’a pas toujours été fondée sur des critères économiques liés aux besoins (faiblesse du revenu par habitant, incapacité du pays à trouver d’autres ressources extérieures) ou aux résultats économiques obtenus. En fait, l’aide publique a fréquemment obéi à des considérations d’ordre politique et stratégique39, en particulier durant la guerre froide, ou visé à soutenir d’anciennes colonies. Une grande part de l’aide publique a été liée à l’achat de biens et services provenant du pays donateur et souvent vendus à des prix non concurrentiels40. Les données empiriques paraissent indiquer que l’aide publique n’a amélioré durablement les résultats économiques des pays bénéficiaires que lorsqu’elle s’est accompagnée de politiques de stabilisation et de réforme adéquates41.

L’Initiative en faveur des PPTE

L’Initiative en faveur des PPTE a été lancée conjointement par le FMI et la Banque mondiale en 1996. Les pays pauvres très endettés peuvent recevoir de la communauté internationale—en plus des mécanismes d’allégement de la dette traditionnels—une aide financière de nature à ramener leur endettement à un niveau viable. Pour être admissibles, il leur faut remplir certains critères. Ils doivent en effet: 1) être autorisés à bénéficier de la FASR et des concours de l’IDA. 2) avoir obtenu durablement de bons résultats témoignant de la vigueur des efforts d’ajustement macroéconomique et de réforme déployés dans le cadre de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale, et 3) accuser encore, au stade de la «prise de décision», un endettement extérieur insupportable après avoir bénéficié des mesures d’allégement de la dette traditionnelles42.

L’impact de l’Initiative en faveur des PPTE sur la croissance devrait être plus sensible que celui des mécanismes utilisés ces quinze dernières années, et ce pour au moins trois raisons.

  • D’abord, l’aide financière accordée dans le cadre de cette initiative devra être précédée de réformes macroéconomiques et structurelles d’envergure, dont les retombées positives sur la croissance ontété prouvées (voir plus haut).

  • Ensuite, et dans la mesure où elle ramènera l’endettement à un niveau viable, l’Initiative en faveur des PPTE atténuera fortement l’effet de freinage que le service de la dette exerce sur l’investissement et la croissance.

  • Enfin, l’engagement des pays donateurs à annuler en partie la dette des PPTE et la volonté de réforme des pays emprunteurs soucieux de sortir une fois pour toutes du cycle des rééchelonnements seront plus crédibles dans le cadre de l’Initiative en faveur des PPTE que des programmes d’aide antérieurs. Et ce regain de crédibilité devrait encourager l’investissement intérieur et extérieur en réduisant les incertitudes politiques et économiques.

Si vingt-six pays d’Afrique subsaharienne font partie du groupe des PPTE (dont ils forment la majorité), seuls l’Ouganda et le Mozambique ont, jusqu’à présent, bénéficié d’une aide au titre de l’Initiative en faveur des PPTE. Le Burkina Faso, la Côte d’ivoire et le Mali ont reçu des engagements d’aide subordonnés au succès des programmes qu’ils ont engagés avec l’appui de la FASR. En revanche, la dette du Bénin et du Sénégal a été jugée viable et ces pays n’ont donc pas pu bénéficier de l’Initiative en faveur des PPTE (il n’est pas exclu, toutefois, qu’ils reçoivent une aide dans le cadre du renforcement proposé de celle-ci). Entre la première et la seconde moitié des années 90, les sept économies déjà citées ont davantage amélioré leurs résultats que les autres pays d’Afrique subsaharienne. Ceci étant, comme leur situation initiale était moins favorable, ces économies ne se démarquent pas pour l’instant de la moyenne en Afrique subsaharienne, que l’on considère le ratio épargne/investissement, le degré d’ouverture, l’attrait exercé sur les capitaux étrangers privés, le niveau d’infrastructure ou la qualité globale du cadre institutionnel et politique. Elles devront donc persévérer dans leur effort pour stimuler l’investissement et porter durablement la croissance à des taux satisfaisants. Cela veut dire, entre autres, réformer le secteur public, améliorer les institutions juridiques et politiques, stabiliser la situation politique, développer le système financier et améliorer—en qualité et en quantité—les équipements collectifs. Sans ces mesures supplémentaires, en effet, les résultats et les perspectives de croissance risquent de ne pas s’améliorer, quelle que soit l’aide fournie au titre de l’Initiative en faveur des PPTE.

Accélérer durablement la croissance

Même si les progrès récents sont encourageants, la croissance des économies subsahariennes est depuis longtemps très en deçà des niveaux qu’elle devrait atteindre pour répondre aux besoins de la région. L’objectif de ce chapitre était d’analyser les principales raisons de ces piètres résultats et de voir dans quels domaines les réformes doivent être approfondies pour améliorer les perspectives d’expansion.

La médiocrité de la croissance des pays d’Afrique subsaharienne est imputable en grande partie à l’interaction de facteurs économiques, politiques, sociaux, institutionnels et géographiques, qui ont empêché le continent de réunir les conditions propices au décollage de l’investissement productif. Mais il n’y a pas pour autant de fatalité de la pauvreté en Afrique. La plupart de ces facteurs peuvent être modifiés si les pouvoirs publics font preuve de la détermination et de la persévérance voulues pour mener à bien, sans relâcher leur effort, le long programme de réformes qui s’impose.

  • Dans bien des cas, tout progrès passe nécessairement par le retour à la paix civile et la stabilisation de la situation politique: il s’agit d’inverser la tendance récente à la multiplication des conflits (voir encadré 6.1, page 158).

  • Les pays d’Afrique subsaharienne doivent aussi continuer à mettre en oeuvre des programmes de stabilisation macroéconomique qui enrayent l’inflation et compriment les déficits budgétaires excessifs, améliorent l’emploi des ressources publiques et allègent encore les restrictions frappant le commerce et les changes. Ce sont, au demeurant, des volets essentiels des programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale.

Il sera tout aussi important, toutefois, que les autorités redoublent d’efforts pour:

  • Intensifier les réformes engagées dans les secteurs de la santé et l’éducation.

  • Améliorer l’efficacité et la qualité des services publics, lutter contre la corruption et mieux assurer la protection de la propriété, le respect de la loi et l’impartialité du système juridique.

  • Stimuler le développement des marchés et des établissements financiers et accroître leur efficacité, ce qui est une condition préalable nécessaire à toute libéralisation des mouvements de capitaux.

  • Consacrer des ressources suffisantes à la construction d’infrastructures nouvelles et à l’amélioration de la qualité de celles-ci.

  • Enfin, les pays d’Afrique subsaharienne très endettés doivent tirer pleinement parti de l’occasion que constitue l’Initiative en faveur des PPTE pour intensifier et accélérer les réformes tout en bénéficiant d’un allégement de leur dette. En effet, ce n’est que si elle s’appuie sur les efforts des pays bénéficiaires que l’aide multilatérale entraînera une réduction effective de la dette extérieure et permettra à ces pays de retrouver la confiance des marchés internationaux de capitaux et d’emprunter de nouveau à des conditions normales pour financer une croissance durable.

Les mesures qui seront prises faciliteront la mise en place d’un climat plus propice à l’Initiative privée, car elles renforceront la stabilité politique et économique, amélioreront le «capital social» de ces pays et fourniront les incitations voulues pour favoriser l’accumulation de capital productif—physique et humain. Et il est fort possible que l’application de ces mesures débouche sur un essor de l’aide publique au développement, à mesure que les pays donateurs seront convaincus de ses effets positifs.

À l’aube du nouveau millénaire, l’Initiative en faveur des PPTE pourrait venir à point nommé encourager l’application régionale concertée du plan de longue haleine qui s’impose pour mettre l’Afrique sur un sentier de croissance durable à l’heure de la mondialisation des échanges commerciaux et des marchés financiers.

Diverses analyses ont été consacrées récemment à la croissance en Afrique subsaharienne. Voir Paul Collier et Jan Willem Gunning. «Explaining African Economic Performance», Journal of Economic Literature, volume 37 (mars 1999), pages 62–111; Ernesto Hemández-Catá. «Raising Growth and Investment in Sub-Saharan Africa: What Can Be Done?», document de travail (Washington, FMI, à paraître en 1999); William Easterly et Ross Levine, «Africa’s Growth Tragedy: Policies and Ethnic Divisions», The Quarterly Journal of Economics (novembre 1997), pages 1203–50; Jeffrey D. Sachs et Andrew Warner, «Sources of Slow Growth in African Economies», Journal of African Economy, volume 6 (1997), pages 335–76; Dhaneshwar Ghura et Michael T. Hadjimichael, «Growth in Sub-Saharan Africa», FMI, Staff Papers, volume 43. n° 3 (1996), pages 605–34. Pour les répercussions plus spécialement macroéconomiques, voir Stanley Fischer, Ernesto Hemández-Catá et Moshin Khan, «Africa: Is This the Turning Point?», document de travail n° 98/6 (Washington, FMI, mai 1998). On trouvera aussi une analyse du lien entre la croissance et les programmes d’ajustement dans The ESAF at Ten Years: Economic Adjustment and Reform in Low-lncome Countries, Étude spéciale n° 156 (Washington. FMI, 1997), pages 1–50, ainsi que dans l’annexe II des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1995.

Faute de données, l’Érythrée ne figure pas dans cet échantillon.

Dans le présent chapitre, les pays sont dits à croissance forte ou faible s’ils figurent, respectivement, dans les quintiles supérieur ou inférieur de la répartition faite sur la base du taux moyen de croissance du revenu réel par habitant pour la période 1970–98. Les pays à croissance forte sont le Bostwana, le Congo, la Guinée, la Guinée équatoriale (même si l’on fait abstraction de l’expansion spectaculaire stimulée par le secteur pétrolier depuis 1996), Maurice, la Mauritanie, le Mozambique, les Seychelles et le Swaziland. Les pays à croissance faible sont l’Angola, la République démocratique du Congo, Djibouti, le Libéria. Madagascar, la Sierra Leone, la Somalie, le Togo et la Zambie. Les autres pays constituent le groupe d’économies à croissance moyenne. Les taux de croissance moyens divisant les trois groupes sont de −0,75% et de +0,93% par an.

La manière dont les programmes appuyés par la FASR ont contribué à l’accélération de la croissance en favorisant la stabilisation macroéconomique, le retour à la viabilité extérieure et les réformes structurelles est analysée dans The ESAF at Ten Years.

Angola. Bostwana. Éthiopie, Gabon, Guinée équatoriale, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Soudan.

Burundi, Comores, République démocratique du Congo, Djibouti, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Zambie.

L’hypothèse de la convergence conditionnelle implique que plus le revenu réel par habitant d’un pays est inférieur à son sentier de croissance potentiel, plus ce pays connaît une croissance rapide, laquelle dépend de son niveau technologique et de ses caractéristiques culturelles, démographiques, sociales, institutionnelles et politiques. Voir Robert Barro et Xavier Sala-i-Martin, Economic Growth (New York, McGraw Hill, 1995) et les Perspectives del’économie mondiale d’octobre 1994 (encadré 11).

Pour une analyse des facteurs géographiques et climatiques, voir Sachs et Warner. «Sources of Slow Growth in African Economies», et David E. Bloom et Jeffrey D. Sachs, «Geography, Demography, and Economic Growth in Africa». Brookings Papers on Economic Activity (1998), pages 707–95.

Susan M. Collins et Barry Bosworth, «Economic Growth in East Asia: Accumulation Versus Assimilation», Brookings Papers on Economic Activity (1996), pages 135–203.

Les progrès dans les secteurs de la santé et de l’éducation sont à la fois une cause et un aboutissement de la croissance. D’une part, ils influent sur la productivité de la main-d’ouvre et. partant, sur le revenu par habitant. D’autre part, plus le revenu par habitant estélevé, plus il est aisé de fournir des services de santé et d’éducation à la population, et plus la demande de ces services s’accroît.

Selon les estimations. 21 millions d’habitants d’Afrique subsaharienne étaient atteints du SIDA en 1997, soit 3,4% de la population totale et 7,8% de la population active de la région. ONUSIDA et OMS. «Report on the Global HIV/AIDS Epidemic» (New York, Nations Unies, 1998).

Voir Bloom et Sachs. «Geography, Demography, and Economic Growth in Africa».

Ce qui pourrait expliquer pourquoi certaines études (Shan-layanan Devarajan. William Easterly et Howard Pack. «Is Investment in Africa Too Low or Too High?» (Washington, Banque mondiale, mai 1999), constatent que même l’investissement privé n’a guère contribué à la croissance en Afrique subsaharienne.

On trouvera une analyse détaillée des risques qui pèsent sur l’investissement dans Paul Collier et Catherine Pattillo. Investment and Risk in Africa (Londres, Macmillan, 1999), chapitre I, pages 3–30.

Collier et Gunning, dans «Explaining African Economic Performance», constatent toutefois que, contrairement à une idée répandue, le manque de financements contribue moins que les autres facteurs à cette médiocrité de la croissance.

On pense en particulier au sous-développement du secteur financier, à la mauvaise orientation des politiques monétaires (allocation administrative du crédit et taux d’intérêt dirigés), aux lacunes de la comptabilité et de la reconnaissance des droits de propriété.

Diverses études récentes montrent que l’aide ne favorise la croissance que lorsqu’elle va de pair avec des réformes d’envergure et un essor de l’investissement privé dans les pays bénéficiaires. Voir Craig Bumside et David Dollar. «Aid. Policies and Growth». Policy Research Working Paper no 1777 (Washington, Banque mondiale, 1997), et David Dollar et William Easterly. «The Search for the Key: Aid. Investment, and Policies in Africa», Policy Research Working Paper n° 2070 (Washington, Banque mondiale. 1999).

L’importance de la stabilisation macroéconomique pour la croissance est corroborée, par exemple, par l’analyse économétrique de Evangelos A. Calamitsis, Anupam Basu et Dhaneshwar Ghura, «Adjustment and Growth in Sub-Saharan Africa», document de travail n° 99/51 (Washington, FMI, avril 1999).

Voir les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1997 (chapitre IV).

Easterly et Levine, «Africa’s Growth Tragedy», montrent le rôle des primes de change sur le marché noir dans les pays d’Afrique subsaharienne, et Dani Rodrik. «Trade Policy and Economic Performance in Sub-Saharan Africa», NBER, document de travail no 6562 (mai 1998), analyse l’impact de la liberalisation des échanges.

Aux termes de l’article VIII des Statuts, aucun état membre du FMI ne peut imposer de restrictions à la réalisation des paiements et transferts afférents à des transactions internationales courantes, appliquer des taux de change multiples ou recourir à des pratiques monétaires discriminatoires. Fin juillet 1999, les pays suivants n’avaient pas encore accepté les obligations découlant de l’article VIII: l’Angola, le Burundi, le Cap-Vert, la République démocratique du Congo. l’Ethiopie, le Libéria, la Mauritanie, le Mozambique, le Nigèria, São Tomé-et-Principe, la Somalie, le Soudan et la Zambie.

Foroutan et Pritchett. «Intra-Sub-Saharan African Trade: Is It Too Little?», Journal of African Economies (1993), pages 74–105; Rodrik, «Trade Policy and Economic Performance in Sub-Saharan Africa», et David T. Coe et Alexander W. Hoffmaister, «North-South Trade: Is Africa Unusual?», document de travail n° 98/84 (Washington, FMI, juin 1998; à paraître dans Journal of African Economies).

L’emploi et la rémunération des agents du secteur public dans les pays d’Afrique subsaharienne sont analysés en détail par Ian Lienert et Jitcndra Modi dans «A Decade of Civil Service Reform in Sub-Saharan Africa», document de travail n° 97/179 (Washington. FMI. décembre 1997). Nadeem Ul Haque et Jahangir Aziz, dans «The Quality of Governance: ‘Second Generation’ Civil Service Reform in Africa», document de travail n° 98/164 (Washington, FMI. novembre 1998), montrent que les politiques de rémunération peuvent aider efficacement à éviter ou inverser l’exode des cerveaux.

Selon des données récentes sur les déterminants de la corruption et de la croissance, toutefois, il apparaît qu’une fois prises en compte les caractéristiques économiques et institutionnelles, la corruption en Afrique subsaharienne ne diffère guère de celle qu’on observe dans d’autres régions. Voir Carlos A. Leite et Jens Weidmann. «Does Mother Nature Corrupt? Natural Resources, Corruption, and Economic Growth», document de travail n° 99/85 (Washington, FMI, juillet 1999).

La pertinence de ces indicateurs politiques et économiques de la croissance est mise en évidence par Hélène Poirson dans «Economic Security. Private Investment, and Growth in Developing Countries», document de travail n° 98/4 (Washington, FMI, janvier 1998), pages 1–31. Paolo Mauro propose une analyse novatrice de la corruption dans «Corruption and Growth». Quarterly Journal of Economics, volume 110 (1995), pages 681–712. Easterly et Levine, «Africa’s Growth Strategy», avancent l’idée que la diversité ethnolinguistique freine la croissance, tandis que Paul Collier et Jan W. Gunning, «Explaining African Economic Performance», constatent que l’observation vaut surtout lorsque cette diversité va de pair avec une fragilité de la démocratie et des droits politiques.

Voir par exemple Ross Levine, «Financial Development and Economic Growth: Views and Agenda», Journal of Economic Literature, volume 35 (1997), pages 688–726.

Enrique Gelbard et Sergio Pereira Leite. «Measuring Financial Development in Sub-Saharan Africa», document de travail nÉ 99/105 (Washington, FMI, septembre 1999), et Hassanali Mehran et al., Financial Sector Development in Sub-Saharan African Countries, Etude spéciale n° 169 (Washington, FMI, 1998).

Gelbard et Leite. «Measuring Financial Development in Sub-Saharan Africa». L’indice de développement financier global regroupe des indicateurs de la compétitivité des marchés financiers, du degré de libéralisation financière, de la qualité des services fournis par les établissements financiers, de l’intégration du système aux marchés de capitaux étrangers et de l’existence d’instruments de politique monétaire.

Voir Banque africaine de développement. Rapport sur le développement en Afrique (Oxford, Oxford University Press. 1999).

Les génératrices peuvent représenter jusqu’à un quart de la valeur des équipements des petites entreprises.

Sachs et Warner. «Sources of Slow Growth in African Economies», analysent le rôle des facteurs géographiques dans la croissance.

Le ratio global dette/PIB de la région masque de grandes différences entre les pays. Les petits pays sont en général plus endettés (en pourcentage du PIB) que les grands, comme le montre le ratio moyen non pondéré dette/PIB des pays d’Afrique subsaharienne, qui s’élevait à 124 % en 1997.

Le service de la dette échu, qui comprend l’amortissement, mais pour lequel on ne dispose pas de données globales, représenterait une part encore plus grande du PIB.

La valeur actuelle de la dette est un meilleur indicateur de l’endettement effectif que la valeur nominale de celle-ci lorsque les prêts ont été contractés ou rééchelonnés à un taux concessionnel: plus bas est ce taux, plus faible est la valeur actuelle nette de l’ensemble des obligations futures au titre du service de la dette (intérêts et principal) actualisées au taux du marché.

Le rôle de la politique économique et des facteurs exogènes dans l’accumulation d’une dette insupportable est analysé par Ray Brooks et al. «External Debt Histories of Ten Low-Income Developing Countries: Lessons from Their Experience», document de travail n° 98/72 (Washington, FMI, mai 1998).

Lorsqu’une aide étrangère est accordée pour financer des projets essentiels qui seraient exécutés de toute façon par les autorités, elle libère effectivement des ressources budgétaires pour d’autres emplois («fongibilité»). Dans ce cas, l’aide extérieure finance defacto ces autres emplois ou dépenses publiques à la marge. La fongibilité de l’aide est analysée et estimée par Shantayanan Devarajan, Andrew S. Rajkumar et Vinaya Swaroop dans «What Does Aid to Africa Finance?». Policy Research Working Paper n° 2092 (Washington, Banque mondiale, 1998).

Pour une analyse de l’impact du surendettement sur l’investissement et la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne, voir Ibrahim A. Elbadawi. Benno J. Ndulu et Njuguna Ndung’u, «Debt Overhang and Economic Growth in Sub-Saharan Africa», dans External Finance for Low-Income Countries, publié sous la direction de Zubair Iqbal et Ravi Kanbur (Washington, FMI, Institut du FMI, 1997).

Devarajan. Rajkumar et Swaroop, «What Does Aid to Africa Finance?».

Alberto Alesina et David Dollar, «Who Gives Foreign Aid to Whom and Why?», NBER, document de travail n° 6612 (1998).

Barfour Osei, «The Cost of Aid Tying to Ghana», université du Ghana, polycopié, communication effectuée dans le cadre de l’African Economic Research Consortium Research Workshop. Nairobi. Kenya, 5–10 décembre 1998.

Burnside et Dollar, «Aid, Policies, and Growth», et Dollar et Easterly, «The Search for the Key».

L’historique et les aspects techniques de l’Initiative en faveur des PPTE sont résumés dans les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1998 (encadré 1.1), et analysés aussi par Anthony R. Boote et K. Thugge dans «Debt Relief for Low-Income Countries: The HIPC Initiative», Série des brochures n° 51 (Washington, FMI, 1999). L’expérience passée a conduit à définir la viabilité de la dette à partir d’un double seuil: un ratio VAN de la dette/exportations inférieur à 200–250% et un ratio service de la dette/exportations inférieur à 20–25%. Ces seuils sont ajustés en fonction des facteurs budgétaires, financiers et extérieurs susceptibles d’influer sur la vulnérabilité de tel ou tel pays. Les effets de l’Initiative en faveur des PPTE donnent lieu à une étude approfondie de Stijn Claessen et al. dans «HIPC Debt: A Review of the Issues», Journal of African Economies, volume 2 (1997). Lors du récent Sommet de Cologne (tenu du 18 au 20 juin 1999), les membres du G-8 ont approuvé le renforcement de l’Initiative en faveur des PPTE. Le processus, en voie d’élaboration, reposera sur des critères moins restrictifs, des mécanismes d’aide plus favorables et des procédures plus rapides. Il établira un lien explicite avec la lutte contre la pauvreté.

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