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La rigidité des salaires peut aggraver le chômage

Author(s):
International Monetary Fund. External Relations Dept.
Published Date:
May 2006
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Pour les autorités nationales, il est souvent primordial de ramener l’inflation à un niveau faible ou modéré; cet objectif peut-il avoir un impact néfaste dans certaines situations? Dans un récent document de travail du FMI, Shintaro Yamaguchi (stagiaire) examine le rôle de la flexibilité des salaires dans la performance du marché du travail en Europe centrale et en Europe de l’Est, surtout en Pologne. Il constate que le recul de l’inflation après 1998 et la rigidité à la baisse des salaires nominaux ont effectivement contribué à accroître le chômage.

La flexibilité permet aux salaires de s’ajuster pour équilibrer l’offre et la demande. Si les salaires sont souples, la main-d’œuvre peut se répartir de façon plus rationnelle entre les secteurs, les types de qualifications et les régions géographiques, permettant à l’économie de mieux absorber les chocs et de s’adapter aux changements structurels.

Dans bien des pays d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, la performance du marché du travail ne s’est pas améliorée ces dernières années, le chômage restant élevé même si la transition vers l’économie de marché est pratiquement terminée dans certains pays et même si la croissance s’est accélérée. La rigidité des salaires a-t-elle contribué aux mauvais résultats en matière d’emploi? La flexibilité des salaires a-t-elle empiré au fil du temps?

Sensibilité des salaires réels au chômage

Pour répondre à ces questions, M. Yamaguchi a modifié la mesure classique de la sensibilité des salaires réels au chômage («méthode de la courbe des salaires», indiquant comment les salaires réels dépendent du taux de chômage); il a comparé cette sensibilité au niveau international et retracé son évolution dans le temps. La réaction des salaires réels à l’évolution du marché du travail est particulièrement pertinente en Europe centrale et en Europe de l’Est en raison de la grande disparité des taux de chômage.

La région est passée d’un vif essor à une progression faible ou modérée de l’inflation et des salaires. L’environnement ayant évolué en matière d’inflation, la souplesse des salaires réels a peut-être suivi. Les économistes avancent l’hypothèse classique selon laquelle la sensibilité des salaires réels aux variations du taux de chômage est la même à divers niveaux de chômage. Il importe aussi de comprendre comment la rigidité des salaires réels se rapporte à celle des salaires nominaux et à l’inflation. En mesurant la rigidité des salaires nominaux, les économistes partent souvent de l’hypothèse que la répartition sectorielle des taux de variation des salaires nominaux est stable à la longue; pourtant, cela n’est probablement pas vrai dans les pays confrontés à une transition turbulente.

Pour mieux comprendre la flexibilité des salaires dans un environnement agité, M. Yamaguchi a modifié ces méthodes classiques pour intégrer l’instabilité dans la répartition sectorielle des variations des salaires nominaux, comparant la répartition effective de ces variations à un cas hypothétique sans rigidité. Si les deux cas sont différents, cela prouve d’emblée que les rigidités jouent un rôle majeur, conclut-il.

Le cas de la Pologne

La méthode modifiée de M. Yamaguchi illustre la rigidité des salaires réels en Europe centrale et en Europe de l’Est. À partir des données sectorielles sur la Pologne, elle confirme que les salaires réels ont été moins souples en cas de chômage élevé et de salaires réels faibles. En particulier, la courbe des salaires en Pologne a été presque plate — pas de variation des salaires réels — quand le taux de chômage a été élevé (plus de 14 %), mais assez raide quand celui-ci a baissé.

En comparant la répartition des variations salariales dans les deux périodes, M. Yamaguchi est parvenu à la conclusion que l’impact de la rigidité des salaires nominaux sur les salaires réels et, partant, sur le marché du travail et sur l’économie, a été mineur jusqu’en 1998, mais assez marqué par la suite. Auparavant, la forte hausse des salaires moyens et de l’inflation protégeait le marché du travail polonais des effets négatifs de la rigidité à la baisse des salaires nominaux. Grâce aux réformes, la cause des rigidités a commencé à disparaître au niveau local et les salaires se sont assouplis après 1998.

Mais la croissance atone des salaires moyens, l’inflation faible et la rigidité à la baisse des salaires nominaux ont depuis lors entravé la souplesse des salaires réels. M. Yamaguchi a donc noté que l’ajustement résultait du regain de chômage et non de l’ajustement à la baisse des salaires réels. En Pologne, la rigidité à la baisse des salaires nominaux en cas de faible inflation a ainsi empêché le type d’ajustement qui s’était avéré efficace avant 1998, ce qui a entraîné un chômage élevé.

Des exemplaires du document de travail du FMI no 05/134, intitulé «Wage Flexibility in Turbulent Times: A Practitioner’s Guide, with an Application to Poland», de Shintaro Yamaguchi, sont disponibles au prix de 15 dollars auprès du Service des publications du FMI. Pour commander, voir instructions page 144. Le texte intégral peut aussi être consulté sur le site Internet du FMI (www.imf.org).

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